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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/624

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plus heureux ; il ne parvint pas à être admis auprès de la reine. Peu de temps après, le premier ministre de la souveraine des Ovas mourut assassiné ; alors on eut la preuve que cet homme, véritable faussaire, n’avait rien communiqué ni aux autres ministres, ni à la reine. M. Gourbeyre se rendit en France, afin d’éclairer le ministre de la marine ; mais la révolution de juillet 1830 était survenue, le nouveau gouvernement se souciait peu des affaires de Madagascar. On rappela les bâtimens de guerre de l’expédition et toutes les troupes excédant l’effectif des garnisons ordinaires de Sainte-Marie et de Bourbon ; l’évacuation de Tintirigue fut ordonnée. On demeure stupéfait autant que navré en voyant avec quelle légèreté les entreprises étaient tour à tour engagées et abandonnées.

Après le départ des forces françaises, les relations commerciales continuèrent sur la côte comme avant les hostilités. Tout à coup se réveille l’idée de s’établir sur la grande île africaine. L’amiral de Rigny, devenu ministre de la marine, s’était engoué de la baie de Diego-Suarez : en 1833, il expédie une corvette et des commissaires qui devront examiner l<e littoral ; — on y gagna d’avoir le plan exact de la remarquable baie, levé par M. L. Bigeault, lieutenant de vaisseau. Les commissaires, très charmés du pays, jugèrent tout simple de faire la conquête de Diego-Suarez sous prétexte d’en chasser les Ovas, qui étaient des envahisseurs. L’avis, déféré au conseil d’amirauté, ne fut pas adopté ; à cette occasion, on décida même que les dépenses imposées par la colonie de Sainte-Marie seraient considérablement réduites.

Si les efforts mal dirigés des Français sur Madagascar n’eurent que d’assez tristes résultats, les avantages obtenus par les Anglais ne tardèrent pas à être perdus. Jusqu’aux derniers momens de la vie de Radama, tout allait au gré de la puissance britannique. La société des missionnaires, qui s’était beaucoup accrue, avait pris une influence extrême dans la province d’Imerina ; s’appuyant des désirs et de la volonté du roi, elle retenait dans les écoles un nombre d’élèves toujours croissant, elle travaillait avec succès à l’extension et au perfectionnement de l’agriculture comme au développement des travaux publics. Radama marquait les derniers instans de sa carrière par l’entière soumission de la plus grande partie des Sakalaves et par l’envoi dans le sud de l’île d’une armée qui s’empara du pays de Vangaïdrano et commit les plus ignobles excès. M. Hastie vint à mourir dans sa résidence de Tananarive ; ce fut le premier événement funeste pour les Anglais. On ne remplace pas un homme d’une telle persévérance, d’une pareille énergie, d’une semblable habileté. Cependant les missionnaires, assurés des sympathies du roi, ne pouvaient craindre encore de voir leurs succès interrompus.