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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/607

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dans l’île. « Un des sujets de sa majesté britannique, dit sir Robert Farquhar, un Français du nom de Chardeneaux, m’a été indiqué comme très apte à rendre ce service par suite de ses rapports intimes avec les différens chefs malgaches, et surtout à cause de l’amitié qui depuis nombre d’années l’attache à Radama. » Examinant l’avantage de se concilier les principaux chefs du pays, le gouverneur anglais poursuit en ces termes : « De tous ces souverains, le plus guerrier, le plus intelligent, celui qui a le plus de ressources est Radama ; son peuple est le plus industrieux de toutes les nations de Madagascar ; son armée compte 40,000 hommes pourvus d’armes à feu. C’est pourquoi l’amitié d’un chef si puissant ne peut manquer d’être éminemment utile pour avoir la sécurité et pour faciliter le commerce qui sera entrepris avec l’idée d’abolir le trafic des esclaves. » Le roi des Ovas est cité comme un homme avide d’instruction, sachant écrire sa langue en caractères arabes et apprenant à écrire le français en lettres romaines. Un missionnaire évangélique du nom de Le Brun, qui n’a jamais fourni l’occasion d’un grief aux habitans, qui se distingue par un tact extrême et se recommande par des succès obtenus dans l’éducation des Malgaches, paraît à l’amiral Farquhar convenir pour être envoyé à la cour du roi des Ovas et résider dans la capitale. De la sorte, le gouverneur de Maurice sera mis en rapport continuel avec l’intérieur de Madagascar, et pourra se servir utilement de l’amitié du prince. Le fin diplomate a l’assurance que le ministre de la Grande-Bretagne ne désapprouvera point ces ouvertures pacifiques qui n’occasionneront aucune dépense. Avec un orgueil peu dissimulé, il ajoute : « Mieux que les forts et les garnisons, des moyens de cette nature nous permettront d’étendre notre commerce ; à toute époque, les gouverneurs de ces îles se sont efforcés d’obtenir cette situation amicale qui maintenant nous est offerte par les princes indigènes. » Sir Robert Farquhar tient à se montrer fort supérieur à tous les chefs de nos anciennes colonies ; le souvenir d’une récente aventure semble s’être effacé de sa mémoire. L’année précédente en effet, un groupe d’Anglais avait voulu fonder une colonie dans le nord de l’île, au port Louky [1] ; des violences avaient révolté les indigènes, les étrangers avaient été massacrés, le gouverneur de l’île Maurice avait expédié un détachement de troupes pour venger les colons.

Néanmoins on ne songeait plus qu’aux moyens pacifiques, les circonstances étaient favorables. Les jeunes frères du roi des Ovas, confiés aux soins de M. Hastie, retournaient à Tamatave au mois de

  1. Sur différentes cartes et dans plusieurs ouvrages, on écrit port Louquez on Loquez.