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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/598

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n’hésiterait pas à provoquer la guerre civile pour se donner l’occasion de vaincre, et les hommes qui font ces calculs patriotiques osent encore se dire et se croire conservateurs ! ils ne sont que les imitateurs maladroits de la politique à outrance et de la tactique immorale de l’empire. L’empire, comme eux, préférait les opinions violentes aux opinions modérées, et il ne craignait pas d’exciter des émeutes, de les payer même au besoin, pour effrayer le pays et conserver la dictature. Si les événemens n’ont donné de leçons à personne, si l’on prétend encore gouverner la France par la peur et sauver la société par la guerre civile, qu’on nous ramène aux carrières ! qu’on nous rende le césarisme impérial, qui du moins n’avait pas le défaut de l’hypocrisie, et ne se cachait pas sous le masque de la liberté !

Heureusement tous les conservateurs ne font pas ce dangereux calcul. Il y a parmi eux des libéraux sincères, des patriotes qui veulent la conciliation et l’apaisement du pays. Ceux-là n’ont qu’un parti à prendre, c’est de se rallier au centre gauche et de soutenir le gouvernement que nous avons. Il y avait dans l’assemblée nationale une majorité toute faite, et qui semblait devoir se former tout naturellement par l’union des deux centres libéraux avec la gauche républicaine modérée. Si les partis s’étaient groupés de cette façon, la majorité se plaçait d’emblée au centre de gravité de l’opinion publique, et elle y devenait inexpugnable. En repoussant cette combinaison, en poursuivant la chimère d’une majorité monarchique, composée d’accord avec la droite pure, et en contradiction avec le pays, les parlementaires ont déterminé l’opinion à se jeter du côté gauche, et ils ont rendu plus difficile la tâche d’un gouvernement conservateur, qui veut rester neutre entre les partis, mais qui doit tenir compte de leurs vœux, tout en les modérant dans leurs excès. Puisqu’ils redoutent la république radicale, ils n’ont qu’à s’appuyer sur la république modérée : à défaut de ce qu’on désire, il faut savoir se contenter de ce qu’on a. S’ils persistent à voir dans la forme républicaine un péril pour notre avenir, qu’ils la combattent du moins avec ses propres armes. Qu’ils en finissent, en un mot, avec cette politique où l’on ne sait trop ce qui domine, du procureur ou du paladin. Battus d’avance sur le terrain de la monarchie, ils seraient au contraire invincibles sur le terrain de l’ordre et de la loi.

Il est peut-être un peu tard pour se raviser. Après avoir mis tant de solennité dans leur déclaration de guerre, ils ne sauraient se contenter d’une conversion silencieuse et d’un tacite aveu de leur erreur. Pour rassurer l’opinion publique alarmée, il ne faudrait pas moins qu’un manifeste, une sorte de confession publique qui