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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/596

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du centre droit viennent nous dire que la république n’est pas en cause, et que nous n’avons pas à leur demander compte de leurs secrètes espérances ! Ils croient avoir acquis des titres suffisans à notre confiance en déclarant qu’ils réservent leurs convictions et leurs entreprises pour des occasions meilleures ! Non certes, les républicains conservateurs ne devaient pas se donner sans conditions aux chefs des partis monarchistes ; ils avaient le droit de leur demander un gage avant de consentir à grossir les rangs de cette majorité fictive dont on parle toujours et qu’on ne voit jamais. Prétendait-on que par complaisance ils consentissent à devenir des dupes ? Pouvaient-ils enfin rien exiger de moins qu’une simple adhésion verbale ? Et puisque le centre droit regardait la royauté comme impossible, pourquoi cette déclaration dépassait-elle son courage ? Il faut respecter tous les scrupules de conscience ; cependant il est permis d’en tirer la morale. Il est permis de se tenir en garde contre ceux qui fuient les situations claires. Laissons encore une fois au bon sens public le soin de juger les torts de chacun.

Il faut d’ailleurs le reconnaître : dans les hésitations et les équivoques de la droite, il y avait au moins autant de découragement et de dépit que de ruse et de finesse. Ses chefs avaient beaucoup délibéré et semblaient parfaitement résolus, mais ils n’avaient pas encore un plan de campagne arrêté. Ils étaient poussés par l’amour-propre blessé plutôt que par un calcul sérieusement prémédité. En cela, comme toujours, ils n’avaient qu’une politique ; ils voulaient affaiblir le gouvernement, il leur répugnait de reconnaître la république. Ils n’en voyaient pas plus long, et ils allaient bravement devant eux, obéissant à leurs préjugés, à leurs ressentimens et à leur mauvaise humeur, sans trop savoir ce qui en résulterait, la paix ou la guerre. Tout porte à croire qu’ils étaient presque sincères en avouant le terrain perdu par la monarchie et l’impossibilité où ils se trouvaient de songer présentement à la rétablir ; mais je ne sais quelle espérance obstinée, se mêlant aux conseils de l’orgueil offensé, leur défendait d’ajouter à cet aveu d’impuissance un acte d’adhésion formelle à la république. La vérité est qu’ils marchent au hasard et qu’ils essaient, par leurs agitations, de se faire illusion sur leur faiblesse. Ils seraient eux-mêmes bien embarrassés de dire exactement ce qu’ils veulent. La monarchie, ils n’y pensent pas en ce moment ; la république, ils n’en veulent pas prononcer le nom ; le provisoire, ils s’en plaignent tous les jours comme d’une insupportable tyrannie. Que veulent-ils donc alors ?

Le centre droit est un parti qui boude ; ne pouvant réaliser ce qu’il désire, il empêche que rien ne se fasse. Les questions de personnes passent pour lui bien avant les questions nationales. Il