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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/591

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la gouvernent et qui obtiennent la confiance du pays. Elle ne décourage aucun parti, puisqu’elle leur permet à tous de parvenir à la sueur de leur front. A l’œuvre donc ! hommes modérés qui craignez de perdre votre influence, et qui vous plaignez de l’injustice et de l’inintelligence de votre pays. Le pays a plus de bon sens que vous ne pensez. La république est dans vos mains, si vous vous donnez la peine de la mériter ; elle vous échappera au contraire, si vous continuez à la combattre et à désespérer de son avenir.

Ne voit-on pas d’ailleurs que la république est, dans une société troublée, le plus énergique instrument de la défense de l’ordre et des lois ? Les conservateurs sont bien ingrats, s’ils né reconnaissent pas les services qu’elle leur rend tous les jours et la force invincible qu’elle leur prête quand leurs véritables intérêts sont menacés. La république assurément ne saurait faire comme certaines monarchies, qui vivent dans de continuelles alarmes et que le moindre bruit épouvante ; mais elle n’en est que plus forte devant le péril. Si vous en doutez, ouvrez l’histoire de notre temps. La plupart des royautés que nous avons eues ont succombé devant des troubles qui semblaient d’abord à peine sérieux ; la dernière de nos monarchies s’est écroulée sous le mépris public sans pouvoir verser une goutte de sang pour sa défense. La république au contraire a triomphé par deux fois des plus terribles convulsions civiles, de celles qui font, comme on dit, trembler la société jusque dans ses fondemens. Grâce au concours de tous les citoyens, qu’elle peut seule obtenir au même degré, elle a montré non-seulement une vigueur incomparable dans l’action, mais encore, au lendemain de la victoire, une impitoyable fermeté dans le châtiment. Quelle est donc la monarchie qui aurait pu faire un aussi terrible exemple des crimes de la commune ? Si le descendant de nos anciens rois s’était trouvé sur le trône, il aurait imité l’exemple de son aïeul Henri IV, qui faisait passer du pain aux Parisiens insurgés ; le lendemain il aurait proclamé l’amnistie des coupables, tandis que la république les livre tous à la justice des lois, et se contente d’exécuter froidement la sentence. Elle seule peut agir ainsi, parce qu’elle est un gouvernement impersonnel, et que, n’ayant pas d’intérêts dynastiques, elle ne tient compte que de l’intérêt national. Les conservateurs le savent bien, et ils en profitent ; c’est toujours à la république qu’ils confient le soin de réparer leurs fautes. Elle apparaît à certaines heures, quand les monarchies s’écroulent, pour liquider leur succession et remettre l’ordre dans la maison. On la soutient tant qu’il y a du danger, et qu’il est commode de se mettre à l’abri derrière elle ; puis, quand elle a rétabli la paix et le travail, sauvé la société, relevé la patrie, on la désavoue, on la dénonce au pays