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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/585

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autre espérance serait une illusion coupable, car elle ne pourrait se réaliser que par des moyens malhonnêtes. Avec quoi prétendraient-ils entreprendre la restauration de la royauté ? Est-ce avec l’opinion publique ? Elle leur est contraire. Avec l’armée ? Ce n’est pas de ce côté qu’elle incline, et d’ailleurs ils sont trop honnêtes gens pour faire des coups d’état. Avec la majorité de l’assemblée ? Elle est divisée elle-même sur le choix du prince. Après tant de pourparlers, de voyages, de protocoles et de manifestes, on a reconnu qu’il n’y avait pas d’union possible entre l’ancien régime et la révolution, entre la monarchie du droit divin et la royauté populaire, les uns ne voulant tenir la couronne que de la souveraineté nationale, les autres ne voulant pas devenir « les rois légitimes de la révolution. » Les deux partis ont la même haine, mais ils n’ont pas de principes communs. Après dix-huit mois d’efforts pour renverser la république, ils ne sont même pas arrivés à vendre, comme dit le proverbe, « la peau de l’ours avant de l’avoir tué. » Comment supposer d’ailleurs que cette royauté jugée impossible à Bordeaux, en pleine réaction contre le gouvernement du 4 septembre, jugée encore une fois impossible à Versailles au lendemain des horreurs de la commune, cette royauté dont le seul nom nous aurait perdus alors, devienne tout à coup facile aujourd’hui, quand la république a pris racine dans le pays, et qu’à côté du spectre rouge, jadis tant exploité par l’empire, les intrigues et les imprudences du parti royaliste ont élevé" au profit du parti radical un spectre blanc non moins redouté et non moins détesté que l’autre ? Il ne faut pas d’illusions : jamais le moment n’a été plus défavorable pour une restauration monarchique. Le seul parti qui ait fait du chemin est celui de la république radicale, et la faute en est aux reconstructeurs de trônes, qui depuis un an se donnent si charitablement la peine de faire ses affaires en indisposant et en effrayant le pays.

Que les conservateurs se résignent donc à la république, — qu’ils triomphent de leurs molles répugnances pour ce régime de concurrence et de liberté qui les oblige à se défendre eux-mêmes, — qu’ils agissent sur l’opinion, au lieu d’intriguer dans les salons et dans les couloirs de l’assemblée, — qu’ils acceptent hardiment les conditions de l’existence politique des sociétés modernes, — qu’ils renoncent à cette vaine protection du principe héréditaire, qui n’est plus aujourd’hui en France qu’une cause de division et un danger de plus ; qu’ils fassent ce sacrifice à la paix publique et à leur propre sécurité. C’est le moyen de disputer aux radicaux l’influence électorale et de les empêcher d’arriver demain au pouvoir. Tant qu’on ira porter des drapeaux blancs à Anvers et des adresses à Chislehurst, — tant qu’on ira pleurer, après chaque défaite, dans l’antichambre du président de la république, et s’adresser à lui comme