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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/577

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une large mesure, qu’il aurait préservée des excès et des utopies, et avec laquelle il aurait fini par se réconcilier de bon cœur.

Est-ce là l’édifiant spectacle auquel nous font assister depuis un an les champions de la monarchie parlementaire ? Assurément ils n’ont rien renversé, mais ce n’est pas faute d’agitations et d’intrigues. Que de coalitions avortées, que de manifestes manqués, que de fusions prises et reprises, tantôt sous le drapeau blanc, tantôt sous le drapeau tricolore, que de voyages à Anvers, de promenades à la présidence, de propositions faites aux chefs de l’armée, que de formes diverses de complots et de batailles parlementaires, pour tout dire en un mot, que de coups d’épée dans l’eau dirigés contre la république, et qui n’ont eu pour effet que d’augmenter l’influence des républicains radicaux au détriment des républicains modérés ! On ne saurait assister sans tristesse à ce déplorable gaspillage des forces conservatrices du pays. La politique des chefs de la droite n’a été depuis un an qu’un mélange de bravades sans effet et de mesquins subterfuges indignes d’un grand parti qui prétend gouverner l’opinion de la France. C’est une politique de ruse maladroite et de mauvaise humeur impuissante. Jamais le gouvernement n’est attaqué en face ; mais on lui tend chaque jour quelque piège où l’on espère entraîner ses amis. On s’amuse à l’outrager pour se venger de. le maintenir ; on n’ose pas le renverser, faute de pouvoir en mettre un autre à sa place, mais on s’en console en travaillant à l’affaiblir. Quant à la monarchie, ne pouvant la refaire, on se contente d’en parler tous les jours. On décerne à l’assemblée le vain titre de constituante pour le brandir comme une menace sur la tête de la république, sans pouvoir en réalité rien constituer du tout.

Et l’on s’étonne que le pays se dégoûte du régime parlementaire pour mettre sa confiance dans un seul homme ! On se plaint que les républicains gagnent tout le terrain perdu par les conservateurs et les modérés de toute nuance ! Le succès des radicaux dans les élections semble un complot du gouvernement contre l’assemblée ; la sagesse même des républicains et leur modération récente paraissent l’effet d’une noire perfidie. On dénonce à grand bruit l’hypocrisie de ces loups ravisseurs, qui font semblant de protéger la bergerie pour s’en rendre maîtres. — Mieux vaudrait simplement les dépasser en sagesse et en loyauté ; mieux vaudrait comprendre, au lieu de s’en irriter davantage, la signification des élections radicales et les avertissemens qu’elles contiennent. Puisqu’il y a dans l’avenir un danger sérieux, il ne faudrait pas l’aggraver à plaisir par une obstination coupable. Oui vraiment, ils sont coupables envers le pays, ceux qui compromettent les véritables intérêts conservateurs