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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/574

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assemblée où le patriotisme l’aurait emporté sur l’esprit de parti, tandis qu’après la dictature de Tours et de Bordeaux le pays, ayant à se prononcer sur la paix ou la guerre, se jeta dans les bras des ultra-conservateurs, qui voulaient lui rendre un régime suranné et impopulaire. Ce fut la crainte de la guerre à outrance et l’horreur de la politique jacobine qui produisirent ce revirement qu’on a nommé la réaction du 8 février. Entraînée contre son gré dans une politique violente qui ne pouvait que la perdre, la nation se rejeta dans un excès contraire, sans s’apercevoir qu’elle dépassait le but, et que les hommes à qui elle donnait sa confiance ne tarderaient pas à en abuser.

Les nouveaux maîtres de la France ne pouvaient se faire illusion sur la nature de leur mandat ; ils avaient été nommés pour faire la paix, et non pour restaurer la monarchie légitime. Néanmoins, leur première pensée fut de profiter de leur ascendant éphémère pour surprendre l’opinion du pays et rétablir le régime de leur choix. Tandis que les républicains semblaient chercher dans nos malheurs je ne sais quelle popularité de mauvais aloi, et qu’ils refusaient de consentir à une paix douloureuse, mais nécessaire, les royalistes semblaient découvrir dans ces mêmes malheurs l’occasion d’une revanche et d’un succès inespéré. Ils se mirent à l’œuvre avec une incroyable légèreté. L’ancienne entreprise de la fusion, qui dormait depuis longues années, fut reprise avec ardeur. On oublia les divisions de la patrie pour ne plus s’occuper que de la réconciliation des princes. Nos morts et nos blessés n’étaient pas encore relevés des champs de bataille, que déjà les ambitions impatientes des partis trafiquaient du corps de la France, sans se douter qu’elles allaient fournir des armes redoutables aux discordes civiles, et qu’elles compromettaient le salut du pays en affaiblissant par de petites intrigues l’autorité d’un pouvoir qui était la seule image de l’ordre et de la loi.

C’était là un jeu dangereux, car, à supposer même qu’il fallût se débarrasser de la république, il ne fallait pas faire blanc de son épée avant d’être assuré du succès. Beaucoup de gens regrettent encore que les élus du 8 février n’aient pas poussé la témérité jusqu’au bout, et proclamé la monarchie à Bordeaux en même temps qu’ils signaient le traité de paix. Ils avaient là, disent-ils, une occasion qu’ils ne retrouveront plus. Cette hésitation, qu’ils se reprochent tardivement, sera leur principal titre d’honneur et leur grande excuse aux yeux de l’histoire. Si leur conduite n’avait point été plus sage que leurs paroles, Dieu sait maintenant où en serait la France. Le rétablissement de la royauté à Bordeaux eût été le signal de la guerre civile et, de la dissolution du pays. La commune se serait emparée de toutes les grandes villes, elle aurait soulevé