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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/567

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descente, l’appareil Lechatelier est efficace. La contre-vapeur a de plus l’avantage sur le frein à sabot de ne pas user par le frottement les rails et les bandages des roues. Grâce à ce perfectionnement, le mécanicien est plus maître de sa locomotive, qui lui obéit plus vite et plus docilement.


IV

Une machine à vapeur consomme de l’eau, qu’elle transforme en vapeur, du combustible pour chauffer le foyer, et des graisses pour lubréfier les surfaces frottantes. L’eau et la graisse sont une faible dépense. En ce qui concerne l’eau, le point important est, si l’on peut, de s’en procurer de bonne qualité, afin d’éviter les incrustations. Les machines marines sont sous ce rapport, on l’a vu, dans les conditions les plus défavorables ; il est même probable que la navigation à vapeur serait presque impossible avec les appareils actuels sur une mer à salure excessive, comme la Mer-Morte ou la Caspienne. Quant au combustible, les recherches des inventeurs en ont diminué la consommation, depuis un siècle dans une proportion inespérée. Les premières machines brûlaient de 10 à 12 kilogrammes de houille par heure et par force de cheval ; les merveilleux perfectionnemens introduits par Watt réduisirent ce chiffre de moitié ou des deux tiers ; maintenant un moteur de grande dimension consomme moins de 2 kilogrammes. Les locomotives étaient alimentées dans le principe exclusivement avec du coke ; on s’était figuré que le charbon de terre en son état naturel ne convenait pas aux foyers exigus de ces machines. C’était un préjugé qui a disparu. Néanmoins la question du combustible reste encore l’une des plus importantes de la machine à vapeur. Le prix de la houille doit en effet augmenter d’année en année à mesure que les gisemens s’épuiseront. Déjà la marine et les chemins de fer emploient volontiers les agglomérés, qui sont des briquettes cylindriques ou cubiques obtenues en comprimant dans un moule de la houille menue avec du goudron. On transforme ainsi le poussier de charbon, que l’on abandonnait auparavant sur le carreau des mines comme un déchet sans valeur, tant le transport et la combustion en étaient difficiles ; on est même arrivé à brûler facilement la sciure de bois, qu’on perdait autrefois. Cela ne suffit pas encore, car le charbon de terre, aussi bien que le bois, n’est pas inépuisable ; on songe donc à chauffer les chaudières avec le pétrole. Il est sans doute effrayant de mettre auprès d’un foyer un liquide aussi inflammable que celui-là ; cependant les essais tentés par M. Sainte-Claire Deville sur des foyers de machines fixes, à bord de bateaux à vapeur et sur les