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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/474

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simple ne peut s’engager sans que les éclairs jaillissent de toutes parts, et hier encore, pour un mot qui n’avait pourtant rien d’extraordinaire, pour avoir parlé de la république conservatrice, M. Thiers s’est vu assailli d’interpellations et d’apostrophes, comme si depuis un an il n’était occupé qu’à livrer la France à l’invasion et à la révolution. On l’a poussé, il a répondu, et, si la situation ne s’est point simplifiée, elle s’est peut-être éclaircie jusqu’à un certain point, en ce sens que M. le président de la république n’a plus caché son intention de travailler à consolider ce qui existe, autant qu’il le pourra, en sauvegardant, bien entendu, tous les intérêts conservateurs de la France.

Il faut pourtant bien savoir ce qu’on poursuit. La droite devrait voir que depuis un an elle n’est point heureuse avec les manifestes et les démonstrations. Toutes les fois qu’elle est sortie de son rôle primitif de patriotisme et de modération pour faire une tentative de parti, elle n’a réussi qu’à rendre plus impossible ou plus difficile la réalisation de ses vœux et de ses espérances. Elle se plaint qu’on s’émancipe du pacte de Bordeaux, et elle ne voit pas que, par ses impatiences et ses agitations, c’est elle qui fait pour la république plus que ne peuvent faire les républicains eux-mêmes. Il y a quelques jours encore, elle va en procession chez M. Thiers, et elle s’attire un nouveau mécompte dont elle s’irrite à tort, puisque, si elle avait réfléchi, elle eût évité une démarche qui ne pouvait conduire à rien. Maintenant où veut-on en venir avec cette guerre mal déguisée contre M. le président de la république ? Est-ce que M. Thiers a manifesté l’intention de disposer de la forme future du gouvernement de la France ? Est-ce qu’on peut lui reprocher de rester simplement dans les conditions où le pouvoir lui a été remis ? A-t-il accompli un acte qui enchaîne la volonté du pays ? Non sans doute, il gouverne comme il peut depuis un an, et il faut bien avouer que ce n’était pas facile. Il prépare la libération de la France, il maintient l’ordre, il trouve encore le temps de passer trois heures dans une commission et de parler pendant deux heures à l’assemblée. Il va trop souvent à la chambre, il tient trop à certaines idées, c’est possible ; mais après tout ce n’est pas un crime, et quand on voit un homme prodiguant sa vieillesse, le premier au travail, le dernier au repos, on devrait y regarder à deux fois avant de soulever des questions qui peuvent affaiblir son autorité ; on devrait songer que la première nécessité est d’achever avec lui une œuvre commencée avec lui. Qu’on soutienne les opinions conservatrices, rien de mieux assurément ; mais il faudrait se souvenir toujours qu’on est conservateur. Quand le gouvernement défend les prérogatives du pouvoir, il ne faudrait pas les lui disputer pour garder le droit de nommer le conseil d’état dans un intérêt de parti, et, quand on a revendiqué ce droit, il ne faudrait pas présenter des listes de candidats comme celle qu’on vient de proposer. Il faudrait enfin s’abstenir de toutes ces agitations, de toutes ces contradictions, et lais-