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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/442

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classe ! La cause principale, n’est-ce pas le mauvais système pédagogique pratiqué trop souvent ? On s’est contenté de faire répéter machinalement des mots, des noms, des règles, des théories que l’enfant n’a jamais bien compris, qu’il sait par cœur pendant quelques jours ou quelques mois et qui s’effacent ensuite sans laisser de traces. Dans l’enseignement ainsi conduit, il n’y a point en quelque sorte de prise pour l’écolier : rien qui soit en rapport immédiat avec son milieu, ses habitudes, le monde où il passe sa vie. Ces images flottantes qu’on lui présente, ces vagues notions d’histoire, de géographie générales, même de dogme ou de morale religieuse, ne se fixent pas dans son esprit. On l’a transporté trop vite en dehors de la réalité : il n’est pas capable de suivre bien loin son guide ; s’il garde quelques souvenirs de ce voyage ténébreux, c’est une suite confuse d’idées mal cousues qui plus tard troubleront son bon sens et le rendront aisément accessible aux sophismes. La base même d’une telle instruction est mauvaise. Il faudrait apprendre aux enfans à raisonner d’abord sur ce qu’ils voient, sur ce qu’ils font chaque jour ; de là on déduirait des observations plus générales. Partie d’un objet vulgaire, la curiosité de l’enfant serait poussée de question en question. La science serait rattachée par des liens directs ou indirects à la vie réelle. Eh bien ! pour un pareil enseignement n’est-ce pas une excellente condition que l’association de l’école avec l’industrie ?

On a souvent dit du collège qu’il présentait l’image résumée du monde ; le mot est plus vrai de l’usine. A côté des mauvais élémens d’instruction, elle en offre beaucoup de bons. L’organisme industriel repose sur quelques grands principes que le spectacle de la production met chaque jour en relief. Nécessité du travail et des économies, lutte acharnée contre la concurrence, la victoire restant à l’habile emploi des capitaux et de l’intelligence, — les vieux procédés, les idées fausses, les théories creuses, impitoyablement sacrifiés au progrès rationnel, — la discipline, l’esprit d’ordre, la persévérance, conditions indispensables du succès ; voilà ce qui constitue l’enseignement moral de l’industrie. Au point de vue de l’étude matérielle, les machines, les substances employées, les transformations mécaniques ou chimiques, les relations des divers agens de la production, l’économie entière de la fabrique, fournissent d’excellens sujets d’observation. Il n’est pas une des opérations industrielles ou commerciales, un des outils, un des matériaux, qui ne puissent devenir le point de départ d’analyses élémentaires par lesquelles on introduira peu à peu l’enfant dans la science. Donner à l’instruction un caractère positif et ne pas l’enfermer pourtant dans un cercle trop étroit, montrer le côté réel et pratique des