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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/426

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de 60,000 signatures, la fit passer. Ce bill établit une démarcation entre les enfans et les adolescens, limite de neuf à treize ans la journée de travail à huit heures, et de treize à dix-huit ans à onze heures et demie. Les femmes sont comprises dans ces prescriptions. L’instruction scolaire est déclarée obligatoire pour les enfans au-dessous de quatorze ans, et la présence à l’école doit être attestée par un certificat hebdomadaire que les fabricans sont tenus d’exiger. La loi de 1844, proposée par sir James Graham, réalise un nouveau progrès. Les enfans au-dessous de treize ans ne doivent plus travailler que six heures et demie par jour, soit le matin, soit dans l’après-midi : trois heures d’école sont obligatoires. Les enfans de moins de huit ans ne peuvent pas être employés. C’est cette loi qui a inauguré le régime de la demi-journée pour les enfans, du half-time ou demi-temps, constamment appliqué depuis en Angleterre.

Ces prescriptions sévères seraient probablement restées à l’état de lettre morte sans une innovation qui est le trait saillant des deux bills de 1833 et 1844 : la création d’inspecteurs salariés par le gouvernement et chargés de faire exécuter les règlemens légaux. Depuis, cette institution a toujours été perfectionnée et complétée. Obligés dans les premiers temps de restreindre leur surveillance aux grands ateliers, les inspecteurs ont vu d’année en année s’étendre le domaine qui leur était ouvert. Peu à peu l’industrie presque entière s’est trouvée soumise au régime légal. Les petits établissemens qui avaient échappé aux bills successifs de 1844, 1850, 1853,1860, ont été récemment visés sous le nom de workshops par un bill de 1867, qui en attribue la surveillance aux autorités locales ; mais celles-ci n’obtinrent pas des résultats aussi satisfaisans que les inspecteurs du gouvernement. Aussi l’opinion publique réclamait-elle vivement qu’on fît rentrer les workshops dans le régime commun. Cette modification a été réalisée l’année dernière, et il n’est plus désormais dans tout le pays un seul atelier qui ne soit régulièrement astreint à l’inspection. Aujourd’hui les inspecteurs se divisent en inspecteurs-généraux au nombre de 2 et en 40 sous-inspecteurs, qui sont sous les ordres des premiers. Ces agens ont le droit d’entrer dans toute manufacture et dans toute école fréquentée par des enfans travaillant aux manufactures, de s’y faire accompagner par un médecin et un officier de paix, d’interroger toute personne qu’ils y trouvent, et de punir d’une amende de 75 francs à 250 francs quiconque met obstacle à leur mission d’enquête. Deux fois par an, ils adressent un rapport au gouvernement, qui le communique au parlement.

L’institution des inspecteurs est certainement la clé de voûte de tout le système anglais. Les fabricans se sont soumis difficilement à