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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/422

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essentiellement manufacturières, cette proportion s’est élevée jusqu’à 14,451 réformés contre 10,000 jugés bons pour le service.

De tels faits touchent de trop près à l’avenir politique et social du pays pour que l’état puisse s’en désintéresser ; mais comment régler l’ingérence administrative ? La question soulève bien des problèmes délicats : il faut ménager à la fois l’autorité paternelle, l’intérêt des familles, la liberté de l’industrie, les nécessités de la concurrence. Doit-on établir une mesure uniforme pour toutes les parties du pays et toutes les branches de la production sans tenir compte ni des différences des climats, ni des mœurs des populations, ni des conditions variables des diverses professions ? Comment rendre la surveillance efficace à moins d’exercer une véritable inquisition chez les patrons ? N’est-ce pas aggraver le mal que de diminuer les ressources des familles pauvres auxquelles le faible salaire de leurs enfans est indispensable pour subsister ? Ne faut-il pas au contraire calculer de plus haut et de plus loin ? En développant par l’éducation l’intelligence et les forces des jeunes travailleurs, en faisant naître chez eux des sentimens et des habitudes morales, on augmente leur puissance productive ; les sacrifices momentanés faits pour l’instruction ne seront-ils pas amplement compensés par un rendement définitif plus considérable ? L’expérience a prouvé que, même pour les ouvriers adultes, la quantité des produits n’est pas toujours proportionnelle au nombre d’heures passées à l’atelier ; dans certaines limites, en abrégeant la journée de travail, on a parfois augmenté la somme et surtout amélioré la qualité de l’ouvrage. Quel progrès dans ce sens n’obtiendrait-on pas en procurant aux enfans une instruction propre à stimuler toutes les bonnes dispositions de la nature humaine ! Une machine n’agit que proportionnellement à la quantité de force vive qu’on enferme dans ses flancs ; l’enfant fait mieux : il multiplie l’impulsion qui lui est transmise. La sève qu’il puise dans l’éducation peut d’une faible et inutile créature former un être puissant, bien équilibré, sain de corps et d’intelligence. Comment dès lors l’état ne veillerait-il pas sur le développement et la santé des jeunes ouvriers qui peuplent les fabriques de nos villes et de nos campagnes, où se recrutent l’armée et les phalanges du suffrage universel ?


I

L’envahissement des ateliers par les femmes et les enfans est un fait assez récent : il date de l’immense multiplication des machines à vapeur, qui permit de remplacer presque partout la force physique humaine par des outils mus mécaniquement qu’un bras faible