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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/418

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que l’Allemagne aurait quelque inquiétude sur notre situation intérieure et que le caractère provisoire de notre gouvernement lui inspirerait une certaine défiance, elle doit voir que sa créance n’a jamais été mise en question, qu’elle est reconnue par tous les partis, et que sous aucun régime elle ne serait en péril. Que lui faut-il de plus ? Avec les forces dont elle dispose, quel besoin a-t-elle d’occuper quelques morceaux de terre pour défendre un droit que personne ne conteste ? Au surplus, est-ce que malgré les progrès du radicalisme, progrès qui s’expliquent à la suite de tels bouleversemens et de tels désastres, mais qui seront arrêtés sûrement par une politique résolue, la majorité de la nation, l’immense majorité n’éprouve pas la plus manifeste répugnance contre les retours révolutionnaires ? Enfin, puisqu’il s’agit avant tout d’une question d’argent, l’Allemagne ne doit-elle point placer en première ligne la garantie financière que lui assurera pour une créance à moitié payée la souscription d’un emprunt de 3 milliards ? Quand la France aura engagé ses dernières épargnes et livré par avance les profits de plusieurs années de travail, quand tous les banquiers de l’Europe, y compris les banquiers allemands, nous auront apporté les capitaux qu’ils détiennent, il semble que le cabinet de Berlin n’aura plus à se préoccuper du sort de sa créance ; tout sentiment de défiance politique devra disparaître devant cette universelle démonstration de confiance financière.

La proposition d’emprunt a suivi presque immédiatement le traité du 29 juin. Le traité était nécessaire pour que le gouvernement pût combiner les termes des versemens et rendre plus certaine la réussite de cette opération vraiment colossale. Le succès ne paraît pas douteux, et, il est aujourd’hui permis de le dire, la France mérite que le crédit réponde à son appel. Depuis plus d’un an, elle a augmenté de 500 millions la somme de ses impôts, elle supporte d’énormes charges, et elle n’a point plié sous le faix. Faut-il encore 100, 200 millions ? elle les donnera. L’Europe écoute ces discussions ardentes où l’on fouille les profondeurs du domaine imposable pour en retirer ce qui peut avoir été oublié et délaissé par la fiscalité des temps prospères ; elle assiste à ces efforts de patriotes et d’honnêtes gens qui veulent aller jusqu’au bout de leur ingrate exploration, battant tous les buissons qui recèlent la moindre parcelle de richesse, s’arrêtant à toutes les sources de profits, et puisant dans toutes les bourses. Jamais on n’a vu un pays faire aussi complètement l’inventaire de sa fortune pour livrer son bilan à l’âpre main de l’impôt et aux regards soupçonneux du crédit.

Les débats financiers qui se sont engagés au sein de l’assemblée nationale présentent un double intérêt : ils montrent d’abord, par la