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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/410

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combinaison est avantageuse pour l’Allemagne, ainsi que nous le montrerons plus loin ; elle n’est pas moins favorable pour la France, qui acquiert une plus grande liberté d’action dans ses mouvemens financiers, et se trouve en mesure de manier avec plus de sûreté l’arme de son crédit. En reportant à 1875 l’échéance du dernier terme, le traité de Versailles facilite, au profit des deux parties contractantes, le paiement de la dette, il assure notre libération territoriale, et, bien que cela paraisse contradictoire, il doit avoir pour résultat de la rendre plus prompte.

On se souvient de l’impression que produisit en France et en Europe le chiffre de la contribution de guerre imposée par le vainqueur. Bien que la douleur nationale fût tout entière à la perte de deux provinces et que la question d’argent ne dût paraître alors que secondaire, il était impossible de ne point éprouver les plus poignantes inquiétudes en songeant à cette rançon de 5 milliards, payable en trois années et garantie par une portion considérable du sol français. Les financiers qui avaient le mieux étudié nos ressources, notre puissance de travail et nos moyens de crédit, n’osaient se prononcer sur les conséquences de ce chiffre de 5 milliards exigibles à bref délai, et l’on se demandait en Europe si l’énormité de la somme n’était point, dans la pensée des négociateurs allemands, un expédient indirect pour augmenter la conquête territoriale et dépouiller le débiteur, après avoir dépossédé le vaincu. Ce fut partout, il est permis aujourd’hui de le dire, une véritable consternation financière. Bientôt cependant le patriotisme reprit confiance, et, lorsque le gouvernement adressa le premier appel aux capitaux, l’espoir revint. Le succès de l’emprunt de 2 milliards, souscrit au mois de juin 1871 dans des circonstances peu favorables, au lendemain d’une affreuse guerre civile, fut le signe le plus manifeste et le plus rassurant de la richesse de notre pays, de son crédit et de sa force, survivant à tant de désastres. Dès ce moment, on eut partout la certitude que la France ne succomberait pas sous le poids de sa rançon, qu’elle voudrait et qu’elle pourrait s’acquitter de ses obligations envers l’Allemagne, et que, pour se procurer le complément de l’indemnité, elle obtiendrait du crédit européen les fonds nécessaires. La démonstration est prochaine. Le nouvel emprunt qui va être émis attestera sans aucun doute la confiance que nous méritons encore d’inspirer.

Il s’agit, qu’on ne l’oublie pas, de 3 milliards, sans compter les intérêts et les frais. Si habitués que nous soyons depuis deux ans à entendre parler de milliards et malheureusement à en payer, le gouvernement français manquerait aux règles de la prudence, s’il ne se réservait non-seulement toutes les facilités pour la conclusion