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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/394

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Allemagne que quand il n’y restera plus que des chaumières ! » Münzer redoublait d’activité ; il appelait à lui les mineurs du comté de Mansfeld, auxquels il écrivait de ne pas se laisser gagner par la pitié quand même Ésaü recourrait à de bonnes paroles. « Que votre épée, leur disait-il, soit toujours chaude de sang. » Il cherchait à s’entendre, pour continuer la guerre, avec les paysans des bords du Rhin, surtout avec ceux de la Souabe méridionale. Le landgrave Philippe de Hesse suivit l’exemple des comtes de Mansfeld. Il assembla tous ses vassaux et ses sujets fidèles en état de porter les armes, leur fit jurer solennellement obéissance, et marcha résolument contre la ville d’Hersfeld à la tête d’un corps de cavalerie. Les rebelles lâchèrent pied presque à la première attaque, et se dispersèrent. Hersfeld ouvrit ses portes au prince. Fulda se rendit ensuite après une courte défense, et en quelques jours la révolte était comprimée dans toute la Hesse. Le landgrave alors se porta au secours de ses voisins, les princes Jean et George de Saxe, le prince Henri de Brunsvick, le comte Albert de Mansfeld ; le comte Ernest avait été égorgé. Leurs états étaient menacés par les corps d’anabaptistes qui se concentraient à Frankenhausen et à Mühlhausen. Là étaient accourus la populace de Schwarzbourg et des bourgades environnantes, les sectaires de la Misnie et des divers cantons de la Thuringe. Münzer, présent au milieu d’eux, soutenait leur enthousiasme un peu défaillant à la nouvelle de l’approche des troupes. Les princes sommèrent les insurgés de mettre bas les armes et de livrer leurs chefs. Près de se voir abandonner, Münzer annonça une prochaine intervention céleste. Il persuada les uns, il retint par la crainte du châtiment les autres.

L’armée anabaptiste, forte d’environ 8,000 hommes, s’était postée sur une hauteur voisine de Frankenhausen, à laquelle on a imposé, en souvenir du combat dont elle fut le théâtre, le nom de Schlachtberg (la montagne du combat). L’armée des princes l’entoura ; c’était le 15 mai 1525. Elle était appuyée par une forte artillerie ; le landgrave la commandait. On renouvela aux insurgés la sommation de se rendre, et on leur promit le pardon, s’ils livraient leurs chefs. Les rebelles hésitaient. Münzer, par son éloquence, les détourna de toute pensée de capitulation. Il les assura que Dieu combattait avec eux, qu’un prodige allait bientôt l’attester, qu’ils n’avaient rien à redouter des boulets ennemis : par reflet d’un miracle, il les arrêterait au passage et les enfouirait dans sa manche. Un arc-en-ciel qui parut alors fut pris par les paysans pour le signe prédit et raffermit leur confiance. Cependant leur position était mal choisie ; le prophète avait plus étudié la Bible que l’art militaire. Les paysans étaient mal armés, les canons mal fondus ; les charges manquaient