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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/386

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sa ville natale. Doué d’une force herculéenne et ne reculant devant aucun forfait, il devint la terreur du pays. Un autre, d’une valeur militaire fort supérieure, nommé George Metzler, était un ancien tavernier des environs de Mayence, que le jeu et la débauche avaient ruiné. Une des bandes qu’on appelait noires, et qui était formée des gens du Schupferthal, le choisit pour son capitaine. Il acquit dans la contrée une grande influence et fit soulever les bourgeois et les paysans du comté de Hohenlohe. Plus tard, il prit dans la Franconie et les contrées rhénanes le commandement général des insurgés. Tandis que Metzler devenait le grand homme de guerre des paysans, un autre chef de bandes, Wendel Hippler, fut leur grand négociateur. C’était un ancien employé de la chancellerie du comté de Hohenlohe. L’ambition l’avait jeté dans le parti des rebelles ; mais d’un esprit fin et délié, il comprit bien vite que leur cause serait perdue, s’ils persévéraient dans leurs désordres. Il s’attacha donc à faire accepter aux autres chefs un programme qui pût servir de base à une transaction avec l’empereur et les princes. Son plan était d’opérer une étroite alliance entre les paysans, les bourgeois mécontens et la petite noblesse, non moins hostile que ceux-ci aux tendances absolutistes du gouvernement impérial, qui ne se servait de la ligue de Souabe que comme d’un instrument.

Les fauteurs des différens soulèvemens locaux avaient d’abord institué, pour mieux concerter leurs projets, une sorte de comité directeur, qui prit le nom de conseil des paysans (Bauernrath) et qui siégea en diverses villes de l’Allemagne occidentale. Plus tard, les députés des cités qui s’étaient jointes à l’insurrection, Heilbronn, Memmingen, Dünkenspiel, Wimpfen, Rothenbourg, s’y rendirent. Au lieu de servir de modérateur à l’insurrection, ce conseil, tout rempli d’hommes violens, poussa dans le principe à une guerre à outrance sans s’assurer des moyens d’y faire face. Les résolutions les plus sanguinaires y furent souvent approuvées. On en peut juger par le trait suivant. Lorsque les insurgés, qui étaient maîtres d’une partie du Wurtemberg, se furent emparés de la petite ville de Weinsberg, après avoir repoussé les troupes que l’Autriche envoyait contre eux, le comte Louis de Helfenstein, qui commandait ces dernières, tomba entre leurs mains. Sur l’ordre du conseil, le malheureux gentilhomme fut condamné à subir le sort d’une bête fauve et à être chassé à l’épieu comme un cerf ou un sanglier. Il fut percé de mille coups, et celui qui conduisait les bourreaux était l’un des anciens valets du comte, naguère attaché à son service en qualité de fifre (Pfeifer). Le monstre célébra dans une hideuse mascarade la mort de son ancien maître, en jouant à sa mémoire un air comico-funèbre. La comtesse, fille naturelle de l’empereur