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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/379

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religieux travaillaient à répandre leurs idées et se mettaient en relation avec les hommes qui pouvaient leur servir d’auxiliaires, toute la contrée comprise entre le lac de Constance, le haut Danube et le Rhin était en proie à une extrême fermentation. La réforme avait réveillé chez les paysans l’esprit de révolte dont les symptômes dataient de plus d’un demi-siècle. Dans le Wurtemberg, les représentans de l’autorité autrichienne étaient devenus l’objet de l’animadversion populaire. A Memmingen, on refusait de payer la dîme ; ailleurs, les anciens griefs des gens de la campagne contre leurs seigneurs étaient reproduits avec persistance. Presque partout, la population des bourgeois et des paysans réclamait la destitution de leurs curés et demandait des apôtres de la réforme pour leur prêcher l’Évangile. Münzer, en parcourant plusieurs districts où se manifestait l’agitation, y encouragea la résistance et en profita pour inculquer aux plus fanatiques la doctrine qu’il avait prêchée à Altsdädt. Il se présentait comme l’avocat des opprimés, et, prédisant aux misérables le prochain avènement d’un ordre de choses conforme à la justice, ou, pour prendre ses expressions, « l’apparition d’une nouvelle aurore et le commencement de la Jérusalem céleste, » il trouvait facilement le chemin de la persuasion. Plus encore que les docteurs du luthéranisme, l’apôtre de l’anabaptisme avait le don de les convaincre, car le peuple croit facilement ce qu’il désire. Münzer n’était pas d’ailleurs le premier qui prêchât parmi eux une alliance de toutes les classes pauvres et souffrantes, contre les riches. Il avait eu tout récemment une sorte de précurseur à Waldshut dans un certain Hans Müller, de Bulgenbach, qui avait parcouru les campagnes suivi d’une troupe portant un étendard tricolore, noir, rouge et blanc, et annonçant la fraternité de tous les paysans, et leur émancipation. Quand Münzer eut achevé sa propagande, il retourna en Thuringe pour y raffermir dans la foi ceux de ses coreligionnaires qu’il y avait laissés, et pour y organiser une grande ligue destinée, disait-il, à combattre la tyrannie, mais dont le but était plutôt l’établissement du gouvernement théocratique, au sommet duquel il voulait être placé. Le plan était de déclarer une guerre d’extermination aux nobles, de ne laisser debout aucun château, de contraindre les seigneurs à congédier les chevaliers et les hommes d’armes qu’ils avaient à leur solde et dans leur domesticité, tout au moins de ne leur permettre que d’en conserver un petit nombre dont les paysans n’auraient rien à redouter.


II

La prédication des anabaptistes hâta vraisemblablement l’explosion ; dès le commencement de l’année 1525, la révolte éclatait dans