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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/376

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moines les passions populaires. L’appui que Luther avait rencontré chez l’électeur de Saxe, Zwingli le trouva dans le conseil de la ville. En Suisse plus qu’ailleurs, l’hostilité contre l’église se confondait avec la lutte contre le régime féodal et les abus des privilèges, car les paysans des grands cantons n’étaient pas affranchis à beaucoup près, ceux des petits cantons seuls étaient émancipés. Aussi le protestantisme, dont cet affranchissement fut un des principaux véhicules, ne fit-il point de prosélytes chez ces derniers, qui demeurèrent attachés à la foi de leurs pères, tandis que la réforme de Zwingli prévalut dans la majorité des autres parties de la Suisse allemande, où les gens des campagnes aspiraient à la liberté que les villes avaient déjà presque toutes conquise.

Zurich était alors pour la Suisse ce que fut, au moment de la rupture de Luther avec l’église, Wittenberg pour l’Allemagne. Les prêtres et les moines des contrées voisines qui s’étaient déclarés pour les idées nouvelles et avaient adhéré au mouvement de la réforme vinrent chercher dans la ville suisse un asile contre la persécution, un champ libre pour la propagation de leurs doctrines. Ils y apportèrent de nouveaux germes de révolution religieuse, et y entretinrent l’esprit de révolte contre la tradition. Ils poussèrent les gens des campagnes et les artisans à revendiquer les droits qu’on leur déniait, à refuser le paiement des taxes et des dîmes, l’acquittement des corvées et des redevances féodales, à réclamer la confiscation des biens ecclésiastiques et la liberté d’exercer les métiers. Simon Stumpf, qui avait été forcé de s’exiler de Bâle, vint prêcher sur les bords de la Limmat l’abolition des dîmes et de l’intérêt de l’argent, comme choses contraires à la loi divine. Hans Brödli, originaire du pays des Grisons, quitta sa patrie pour exercer à sa guise le saint ministère à Zurich ; il y attaqua l’existence des biens du clergé, contestant au corps sacerdotal le droit de posséder, et, pour se conformer à ses propres principes, refusant de rien recevoir comme ministre de Dieu, vivant, comme il le disait, à l’exemple de saint Paul, du travail de ses mains. Hätzer, venu de Thurgovie, excita par sa propagande iconoclaste le fanatisme populaire contre tout ce qui présentait le caractère d’image et avait été jusqu’alors l’objet de la dévotion publique.

Ces prédications portèrent leurs fruits. Zwingli, après avoir triomphé des catholiques et fait accepter par le sénat la confession de foi qu’il avait rédigée, ne tarda pas à se trouver en lutte avec un parti plus radical qui. rejetait toute espèce de dogmes et ne reconnaissait d’autre guide que la Bible ; chacun interprétant ce livre à sa façon, l’anarchie menaçait d’envahir le camp des réformés. Les zwingliens devenaient ainsi en fait une nouvelle catégorie