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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/343

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des faces du grave problème qui s’impose à nos législateurs, nous nous proposons d’examiner le programme de la décentralisation appliqué à la commune, cette pierre d’assise de tout pays organisé. L’importance d’un tel sujet ne peut échapper à personne. En matière politique comme en matière sociale, les derniers échelons sont ceux dont la solidité importe le plus. Tant qu’on n’a pas atteint la famille, l’ordre social n’est pas dangereusement menacé. Tant que la commune reste ce qu’elle doit être, l’échafaudage qu’elle soutient peut, sans courir grand risque, recevoir des modifications. La forme du gouvernement peut être changée, l’administration départementale peut être remaniée sans que l’équilibre du pays soit sérieusement déplacé ; le centre de gravité réside plus bas. La révolution la plus importante serait celle qui viendrait donner un nouveau caractère à la commune. « La commune, dit Royer-Collard, est, comme la famille, avant l’état ; la loi politique la trouve et ne la crée pas. » L’état, le département, sont tous deux, quoiqu’à un degré différent, des personnes morales vagues et abstraites. La commune, qui leur sert de base, a une personnalité. bien autrement réelle, qui ne procède que d’elle-même. Dégagée de tout lien, elle finirait par dissoudre et le département et l’état, qui ne sont que le produit des concessions imposées à la commune dans l’intérêt général. Quand on va au fond des choses, on trouve nécessairement ce principe : l’état n’existe que par la collection des souverainetés particulières que les communes aliènent en sa faveur. C’est là une vérité de fait et de droit qui a la valeur d’un axiome. Si donc on augmente imprudemment l’autonomie des communes, on diminue d’autant la souveraineté de l’état.

En faut-il davantage pour indiquer combien ces relations sont délicates et importantes ? Au reste, l’horrible expérience de la commune de Paris montre assez que toute question touchant aux rapports du pouvoir central avec le pouvoir municipal peut être une question de vie ou de mort. Lors donc que nos législateurs, après avoir donné de nouvelles règles à notre administration départementale, vont s’occuper d’une réorganisation communale, ils abordent un problème plein de dangers, un problème auquel on ne saurait appliquer son esprit avec trop d’attention et de prudence ; c’est ici que la route est semée de pièges. Montrer ce que la concentration continue du pouvoir pendant six siècles a fait, de notre organisation politique, définir le caractère actuel de la commune, faire voir les conséquences qu’entraînerait une décentralisation locale, mettre en regard les avantages d’une décentralisation individuelle conforme à notre génie national, tel est le tableau que nous allons esquisser à grands traits.