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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/266

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pareilles questions sont intéressantes à étudier, mais elles ne peuvent recevoir de réponse positive. La guerre de la sécession nous montre l’amiral Ferragut forçant les passes de la Nouvelle-Orléans avec une flotte de vingt-cinq navires de guerre et de vingt canonnières, tandis qu’un an plus tard l’amiral Dupont est repoussé et reprend le large après un engagement malheureux de neuf cuirassés contre les forts Sumter et Moultrie. La solution de pareils problèmes dépend du moindre accident ; une avarie parfois insignifiante, un faux coup de barre peut convertir une victoire certaine en un désastre. L’invention des torpilles constitue d’ailleurs dans le combat d’une flotte contre des batteries un élément nouveau de protection en faveur de celles-ci, et la mesure dans laquelle il convient de tenir compte de cet élément est presque toujours inconnue de l’assaillant. Les Américains du Nord, dans leurs engagemens contre les confédérés, ne sacrifiaient en général que de petits navires ; s’ils perdaient le Tecumseh dans leur attaque contre Mobile, et le Keokuk dans la malheureuse tentative du 7 avril 1863 contre les forts de l’entrée de Charlestown, ces pertes n’avaient pour ainsi dire qu’une importance secondaire. Dès cette époque, il était néanmoins évident pour tous les marins qu’avec des graduations de charge et des modifications dans la composition de la poudre on pouvait, au moyen de torpilles, faire disparaître presque instantanément le plus grand navire connu. L’expérience à cet égard est faite maintenant, et nous avons pu nous assurer en rade de Brest, sur le Fulton et le Duquesne, qu’un vaisseau ne saurait résister à l’action d’une torpille éclatant sous ses flancs, la torpille étant même mouillée par des fonds relativement considérables. Rien ne pouvant faire d’ordinaire soupçonner la présence de cet engin de destruction, on est amené à conclure qu’avant de jouer l’existence de frégates cuirassées il convient de faire étudier le terrain par des éclaireurs dont la perte, le cas échéant, serait de faible importance. La Jahde, par sa situation géographique, se prête, sous certains rapports, moins bien que la Baltique à une défense au moyen de torpilles. La grande distance à laquelle les bancs s’étendent au large de l’embouchure obligent les Allemands, faute de pouvoir maintenir une communication électrique aussi considérable, à employer des torpilles de contact, faisant non plus explosion à la volonté de l’observateur placé à terre, mais uniquement par le choc du navire ennemi, torpilles mouillées conséquemment entre deux eaux et ne reposant jamais sur le fond comme les premières. Lorsque la marée se fait sentir violemment, — et c’est ici que se montre l’inconvénient de la Mer du Nord par rapport à la Baltique, où le mouvement des eaux est à peine sensible, — ces torpilles, dont la distance au fond est fixe,