Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/258

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sépare Stralsund de l’île de Rugen ; enfin tout le matériel naval fut mis en dehors de la portée de nos coups.

Le désastre éprouvé par l’armée de terre autour de Sedan trouva nos flottes en croisière, interceptant le commerce de l’ennemi et bloquant étroitement tous les ports de la Baltique et de la Mer du Nord. De vagues espérances dans un retour offensif de nos soldats régnaient encore parmi nos officiers et nos marins ; personne ne voulait abandonner complètement l’idée de ce grand projet d’invasion maritime. La navigation se poursuivait sans autres événemens que la prise de quelques caboteurs ; le temps était beau : aussi, malgré l’extinction totale des phares et l’absence de toutes les bouées et balises, aucun mécompte, aucun accident n’était venu troubler la croisière. L’amiral Fourichon était devant la Jahde depuis le 12 août avec sept cuirassés ; l’amiral Bouët avait doublé le 28 juillet la pointe Skagen, et, bien que le Frédéric-Charles, du même tirant d’eau que nos frégates, eût échoué dans le Grand-Belt, notre escadre était entrée le 3 août dans la Baltique sans éprouver d’avaries d’aucune espèce. De Kiel à Memel, tout avait été exploré avec soin. Le 17 août, l’aviso le Grill avait fait quelques milles au large au-devant de la flotte pour rentrer aussitôt dans Hiddensée, où les canonnières mouillées hors de la portée de notre artillerie avaient signalé leur présence par quelques coups de canon sans résultat contre nos bâtimens de chasse la Thétis et l’Hermite. Le 22 août, pendant la nuit, la Nymphe était sortie de la Vistule pour tenter une attaque par surprise contre nos croiseurs mouillés dans la baie de Danzig ; la corvette la Thétis, placée en grand’garde et prévenue par les signaux de la chaloupe à vapeur de ronde près de laquelle avait passé la Nymphe, avait obligé celle-ci en appareillant à rentrer au plus vite dans son abri. En dehors de ces incidens sans importance, la navigation de nos croiseurs n’avait pas été inquiétée.

Les dernières illusions relatives au débarquement s’évanouirent à la nouvelle des malheurs de notre armée. Paris était menacé, et allait être investi ; le gouvernement songeait à utiliser dans la mesure la plus large, pour la défense de la province, les élémens que fournissait le personnel de la marine. L’amiral Fourichon était rentré le 12 septembre à Cherbourg, l’amiral Bouët y parut le 29, après avoir séjourné le 25 quelques heures devant la Jahde. L’amiral de Gueydon prit le commandement de la croisière dans la Mer du Nord, qui, par suite de la saison avancée, devenait l’unique objectif de nos forces maritimes. Du rôle brillant rêvé par nos escadres, il ne restait que le côté pénible dont le manque de gloire faisait oublier l’utilité, la croisière incessante devant une côte sans