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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/256

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impossible, et c’est devant un ennemi prévenu et en nombre qu’il faut opérer le débarquement.

Les difficultés d’une opération aussi considérable que celle de la mise à terre d’une armée offensive et de son immense matériel sont trop nombreuses pour pouvoir être discutées ici ; nous dirons seulement que, la nécessité du débarquement de vive force admise et l’époque de l’invasion déterminée, la responsabilité pleine et entière de l’opération quant au choix de la localité, quant au mode d’exécution, doit appartenir d’une façon absolue aux chefs qui la dirigent. Si l’étude du terrain doit être minutieusement faite au préalable, si aucune mesure de prudence ne doit être oubliée, l’opération étant de celles qui, en cas d’insuccès, se changent rapidement en désastre, il faut aussi, dès que l’ordre d’exécution a été donné, que les chefs soient prêts à tous les sacrifices, même à celui d’une partie de la flotte.

Pour les gens du métier, l’idée du débarquement se liait étroitement à celle d’une alliance avec le Danemark. Des mouvemens partiels de troupes pouvaient dans la suite s’opérer sous la protection de la flotte, mais le gros de l’armée et tous ses impedimenta prenaient terre en pays ami. L’alliance danoise écartée, rien n’était prévu et rien ne pouvait l’être ; quelques points avaient été indiqués comme offrant pour la profondeur d’eau et la sécurité du mouillage de bonnes conditions hydrographiques, mais personne n’avait osé aller au-delà ; la solution devait dépendre des moyens de défense de l’ennemi, du port de refuge choisi par les navires de sa flotte, enfin des obstructions mobiles et sous-marines que l’on pouvait reconnaître au dernier moment. Le gouvernement restait évidemment le seul juge de la possibilité du débarquement de vive force et de l’époque exacte où cette opération trouverait son utilité. L’invasion par mer de l’Allemagne du nord, avec les immenses préparatifs qu’elle nécessitait, ne pouvait en effet précéder nos premières luttes à la frontière : en cas de succès, elle devenait une diversion de première importance pour nos armées victorieuses, une menacé considérable contre l’ennemi, obligé de détourner de notre effort principal une partie de ses moyens ; mais en cas de revers, si la réalisation n’en était pas impossible, l’efficacité en devenait très contestable.

Il est difficile de supposer que la Prusse se soit beaucoup inquiétée de la menace d’un débarquement de vive force sur son littoral. Toutes les dispositions que les chefs militaires avaient concertées de longue main tendaient à une guerre offensive, à l’invasion de la France, et dans cette hypothèse ils se refusaient à croire que nos années aux abois pussent faire une diversion du côté de la mer. Ce qui ressort des documens officiels allemands que nous avons