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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/252

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itinéraire, d’après les documens officiels allemands, est la meilleure preuve de son intention bien arrêtée d’éviter le combat à tout prix. Le 10 juillet, les trois frégates partent de Plymouth, communiquent en mer avec le monitor laissé à Darmouth, afin d’être plus à portée de recevoir rapidement les instructions expédiées de Berlin ; l’escadre réunie refait une fausse apparition sur la rade de Plymouth, et, se dirigeant aussitôt vers les côtes du Hanovre, elle mouille devant Wilhelmshaven le 16 juillet au soir.

Cette retraite précipitée rencontre aujourd’hui quelques improbateurs en Allemagne, et nous assistons à ce fait de voir les officiers prussiens se défendant du reproche de ne pas avoir attendu au large la flotte française, de n’être pas venus même la provoquer devant la digue de Cherbourg. Arrêtons-nous un instant devant l’explication que croit devoir donner de sa conduite l’escadre allemande relativement aux critiques dont elle est l’objet. Des trois frégates dont se composait la flotte, dit un de ses officiers, le Kronprinz seul avait conservé sa vitesse primitive par le fait de son passage au bassin en 1869. Le Frédéric-Charles avait perdu, en s’échouant dans le Grand-Belt, les quatre branches de son hélice ; sa marche était sensiblement diminuée avec l’hélice à deux ailes qu’on lui avait appliquée en Angleterre. Le Kœnig-Wilhelm, n’étant pas à entré au bassin depuis son lancement, avait sa carène fort malpropre et par suite une vitesse très réduite ; enfin le Prince-Adalbert n’avait jamais été qu’un navire de mauvaise qualité, construit avec des matériaux d’un ordre inférieur. Le Kœnig-Wilhelm seul avait des canons de 96 (24 centimètres), les autres cuirassés ne portaient que des pièces de 21 centimètres.

Nous ne voulons parler de ce débat que pour montrer jusqu’où peuvent aller les exigences de l’opinion ; nous n’avons jamais espéré pour la marine française la chance d’une rencontre sur mer avec la flotte allemande, et nous ne pouvons condamner, même aujourd’hui, cette dernière pour avoir sacrifié à la prudence en ne courant pas l’aventure d’une grande lutte maritime. La conservation de la flotte comme force défensive et comme force de croisière était pour l’Allemagne une mesure de la dernière importance. En supposant même que l’issue de la lutte eût été favorable à nos ennemis, le retour de leur escadre dans la Jahde ou dans la Baltique était singulièrement compromis ; la difficulté de pouvoir se réparer avec les seules ressources de leurs arsenaux les condamnait pour toute la campagne à l’immobilité absolue. Selon nous, la raison commandait donc aux Allemands cette retraite ; mais les motifs qu’ils invoquent maintenant pour répondre à leurs détracteurs ne peuvent satisfaire les gens du métier. En dépit d’une certaine