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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/227

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temps l’étranger est là, campé sur notre sol ; il nous regarde, il s’apprête à profiter de nos divisions, il attend de savoir avec qui il doit traiter, comment des gens si bien occupés à se déchirer rempliront leurs engagemens.

Que le radicalisme ne tienne compte de rien et prenne pour mot d’ordre la dissolution, c’est dans sa nature de parti révolutionnaire. Que des conservateurs bravent ces chances au risque de compromettre l’intégrité du pays et l’avenir des institutions parlementaires, qu’ils prétendent défendre, c’est là ce qui serait nouveau et assez triste ; ce serait le triomphe le plus éclatant et le plus meurtrier de l’esprit de parti sur tous les intérêts publics. Nous n’en sommes pas là évidemment. C’est un péril qu’un peu de prévoyance peut écarter. Au lieu de se jeter dans les aventures de partis, qu’on s’occupe du pays. Au lieu de chercher une majorité dans des combinaisons assez factices malgré tout, qu’on la cherche dans l’alliance de toutes les forces de conservation, de libéralisme intelligent et de défense sociale. Au lieu de soulever sans cesse des questions qu’on ne peut pas résoudre, qu’on s’attache à celles qui s’imposent directement, impérieusement. Hier, c’était la loi militaire qui a été votée après une discussion qui aurait pu être abrégée ; aujourd’hui, c’est cet ensemble des lois de finances créant des impôts nouveaux, assurant à l’état les moyens de faire face à ses immenses charges. Que la lutte soit vive entre M. Thiers défendant toujours sa taxe sur les matières premières et la commission proposant des taxes d’un autre genre, notamment l’impôt sur les revenus, ce n’est pas un grand malheur. L’essentiel est d’occuper cette vie parlementaire, de la maintenir dans son intégrité, dans son efficacité ; et après cela que ce régime s’appelle la république ou la monarchie, c’est toujours la France disposant d’elle-même, maîtresse de ses destinées, assez forte et assez calme pour ne se livrer ni à l’inconnu, ni au hasard des aventures, ni au despotisme des factions.

L’Angleterre vient d’en finir avec cette éternelle question de l’Alabama, ou plutôt c’est le tribunal de Genève qui en a fini pour elle, et malgré tout, jusqu’au dernier moment, cette malheureuse querelle est restée assez obscure, assez embrouillée, pour qu’on ne sût vraiment plus dans quels termes elle se présentait. L’Angleterre demandait au tribunal de Genève un ajournement de quelques mois ; les États-Unis, sans s’associer à cette demande d’ajournement, maintenaient leur réclamation de dommages indirects vis-à-vis de l’Angleterre. Les arbitres ont tranché dans le vif avec la plus prudente décision ; ils ont refusé au cabinet de Londres l’ajournement qu’il demandait, et ils ont refusé de reconnaître le principe des dommages indirects maintenu par les États-Unis, de sorte que voilà l’Angleterre jugée malgré elle et délivrée de cette épine par un jugement qu’elle aurait voulu ajourner. Le reste n’offre plus les mêmes difficultés. C’est assurément un sérieux embar-