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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/184

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appartiennent toutes soit à la dernière période de la renaissance, soit à l’époque Louis XIII. La pièce la plus importante était une Passion au grand complet dont on voit encore les débris au fond de l’église, derrière le chœur ; mais les délicates figurines ont été tellement mutilées durant les guerres des huguenots, qu’en dépit de la finesse d’exécution que ces restes permettent encore d’admirer, le seul sentiment que l’on éprouve devant cette œuvre est celui d’une profonde tristesse. Il n’en est pas de même heureusement des sculptures qui ornent le maître-autel du chœur et qui représentent encore diverses scènes de la passion. En général, toutes ces sculptures sont plutôt jolies que sérieusement belles ; mais quoi ? plus nous vivons et plus nous éprouvons d’estime pour les œuvres qui ne sont que jolies. A quoi donc occuperait-on honnêtement la vie, si l’on ne devait compter qu’avec les chefs-d’œuvre ? Ils sont assez nombreux pour créer en nous une éducation supérieure ; ils ne le sont pas, ils ne le seront jamais assez pour maintenir constamment notre âme au degré d’élévation qu’exige cette éducation, pour la sauver des rechutes de la vulgarité, de la trivialité des heures oisives, de la stérilité des jours de langueur. Une fois l’éducation de l’âme créée, les grandes secousses sont inutiles pour la remettre au ton qu’elle ne doit jamais quitter, mais d’où sa faiblesse la fait à chaque instant descendre ; il suffit pour cela d’une nuance de pensée, d’un détail de sentiment, d’une expression fugitive. Les jolies choses nous rendent le service de multiplier ces circonstances propices et ces étais légers. Chaque fois que nous promenons notre œil sur une jolie chose, nous lui épargnons le déplaisir de se traîner sur une chose laide, sotte ou indifférente. Regardons par exemple ces sculptures de Saint-Florentin. Voici la scène du crucifiement. Ah ! certes, nous l’avons vue exprimée d’une manière autrement pathétique et profonde ; cependant notre œil s’arrête avec complaisance sur le bon larron, dont la tête s’est inclinée doucement sur une des branches de son gibet, et qui s’endort au sein de la mort comme un oiseau sur son arbre, avec gentillesse, tandis que le mauvais larron se tord en face de lui dans les contorsions d’un affreux cauchemar. Eh bien ! qu’y a-t-il là ? demanderez-vous. Eh ! mon Dieu, rien autre chose qu’un éclair rapide d’ingéniosité, qu’une variation délicate sur un thème connu. Et nous, qu’avons-nous éprouvé ? Rien qu’une brise de sentiment, un souffle d’humanité. C’est peu sans doute, mais cela suffit pour rafraîchir l’âme comme les souffles passagers des chaudes soirées d’été suffisent pour rafraîchir le corps. Voici les saintes femmes qui descendent la colline du Calvaire, s’acheminant vers le sépulcre. Or à ce moment même où elles vont rendre au mort les dernières tendresses, Jésus passe au-dessus