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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/172

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de vieux papiers respectablement jaunis, qui n’a été obligeamment communiquée par Me Loffra, notaire en cette ville. A peine née, on lui donna les vêtemens de l’époque, c’est-à-dire qu’au lieu de la verdoyante ceinture de boulevards et de parcs de nos heureuses villes modernes, on la ceignit à la taille d’un beau ruban de remparts, d’une largeur et d’une épaisseur considérables, ayant pour agrafes et boucles un certain nombre de tours et de poternes, dont trois sont encore complètement debout en dépit du temps. Ainsi muni de langes et de lisières solides, l’enfant fut baptisé du nom de Ville franche du roi, puis les templiers le prirent sous leur protection puissante, et établirent une commanderie tout contre la porte qui regarde Joigny. Au sommet de cette porte, à la fois robuste et élégante, et qui ressemble à une de ces belles vierges bien musclées dont nous entretiennent les traditions barbares, s’élèvent deux figures de ces moines guerriers, vêtus de leur tunique monastique et militaire, le glaive au poing, dans une attitude purement défensive, mais qui n’en rappelle pas moins à l’imagination le proverbe italien : guai a chi la tocca. Du bas de la tour, ces figures paraissent d’agréables marionnettes ; mais, lorsqu’il y a quelques années on les descendit pour certaines nécessités de réparations, on s’étonna de leur taille gigantesque. C’est un peu ce qui nous arrive à nous tous lorsque certaines nécessités d’étude nous rapprochent des hommes de ces âges violens rapetisses par la distance ; nous nous étonnons alors de leur surabondance d’énergie, et nous sommes obligés de nous avouer que, si nous les surpassons en adresse, nous sommes singulièrement loin de les égaler en vigueur.

A Villeneuve, j’ai éprouvé pour la centième fois qu’il y a toujours profit à chercher, parce que, si l’on ne trouve pas ce qu’on désire, on rencontre presque invariablement quelque chose à quoi l’on, ne pensait pas, tout comme Saül, qui, étant sorti de chez lui pour découvrir les ânesses de son père, mit la main sur un royaume. Moi, je n’ai mis la main que sur une babiole d’une sérieuse portée, mais c’est encore plus que je n’en demandais au hasard. On m’avait adressé pour certains renseignemens relatifs à ces figures de templiers à M. Duflo, ex-instituteur et homme studieux qui s’est occupé de l’archéologie de sa localité ; je n’ai rencontré ni les renseignemens désirés ni M. Duflo, mais en revanche sa femme s’est empressée avec obligeance de suppléer à l’absence de son mari en me montrant tout le magasin de bric-à-brac amusant amassé par lui dans ses promenades. C’est parmi ces objets de, provenance diverse et de valeur inégale que j’ai trouvé ma précieuse babiole,-charmant débris de l’abbaye détruite de Vauluisant, localité dont feu M.