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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/167

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cultivateur dans le partage périodique des terres. M. W. Bergsma vient de tracer un tableau vraiment alarmant de la situation sous ce rapport [1]. Dans certaines régions, dit-il, le paysan n’obtient plus qu’un tiers ou un quart de bouw, soit de 18 à 24 ares. Les cultivateurs disent qu’ils n’ont plus que la moitié ou le quart des sawas que leurs pères exploitaient. On demande même que le gouvernement interdise la division en parcelles plus petites qu’un demi-bouw.

Le principal mérite attribué au partage périodique est de prévenir le prolétariat. Or, dit M. Bergsma, ce système aura bientôt pour effet de convertir tous les Javanais en un peuple de prolétaires. Ce sera l’égalité encore, mais l’égalité dans la misère. Les conservateurs néerlandais et même des libéraux modérés comme M. Thorbecke ont toujours défendu le régime de la possession collective, comme l’ont fait en Russie les conservateurs de la nuance de M. de Haxthausen. Ils se sont opposés à l’introduction de la propriété privée, empruntée à l’Occident. Les réformateurs au contraire soutiennent qu’il faut se hâter de mettre en vigueur à Java les lois qui règlent la propriété foncière en Europe, parce que les avantages économiques en seront les mêmes là-bas qu’ici.

A Java comme en Russie, le régime collectif pousse à la colonisation. Beaucoup de familles quittent le village natal pour fonder une nouvelle communauté. A cet effet, ils créent un système d’irrigation au moyen de travaux exécutés en commun. L’eau ayant été amenée par la coopération de tous, il en résulte que les sawas ou terres à riz ainsi fertilisées deviennent la propriété indivise du groupe communal. C’est une sorte de société en participation. Pour favoriser les défrichemens par les individus, il faudrait leur en assurer la jouissance à vie ou pour un terme très long, de 30 ou 40 ans par exemple, comme dans le cas d’une concession de chemin de fer.

Dans l’Inde, la communauté primitive de Java et de la Russie n’existe plus que pour les parties les plus reculées et les moins connues du pays. Néanmoins, quoiqu’on ait renoncé ailleurs au partage périodique des terres, la plupart des autres caractères de l’antique institution ont été conservés. Je n’hésite pas à affirmer, dit M. Maine, que, malgré certaines différences, le mode de jouissance et de culture des paysans groupés en communautés de village est le même dans l’Inde que dans l’Europe primitive. Les Anglais n’ont point d’abord aperçu ni compris ces communautés. Quoique les lois de Manou en fassent mention, le code brahmanique des Hindous, que les légistes anglais examinèrent d’abord, ne suffisait

  1. Voyez la Revue javanaise : Tydschrift van het Indisch Landbouw, genootschap, 1872, n° 3. Landbouw wetgeving.