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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/166

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étrangers. Il en était de même dans la « marche » germanique. Dans les provinces de Madioen, Patjitan, Soerabaya, Madoera, Pasoeroean et Kedirie, tous les sawas sont communaux et soumis au partage annuel. Celui qui défriche un lot de terrain dans la forêt ou dans la savane en conserve la jouissance individuelle pendant trois ou cinq ans. Après ce temps, la terre tombe dans la communauté, est soumise au partage périodique. Pour encourager les défrichemens, l’administration néerlandaise s’est efforcée d’étendre le droit de celui qui défriche à dix-huit ans ou jusqu’à sa mort ; mais l’adat, la coutume, l’emporte souvent. Comme le sentiment de la propriété privée de la terre n’est pas encore éveillé, la collectivité absorbe très vite les droits individuels mal définis et mal défendus. Les cultivateurs ayant droit à une part du sol, les gogols, tiennent au partage périodique, parce qu’ils arrivent ainsi à occuper tour à tour les meilleures parties. L’administrateur éminent qui gouverna Java depuis 1811 jusqu’en 1816, au nom de l’Angleterre, qui s’était emparée des Indes néerlandaises, sir Stamford Raffles, voulut introduire la propriété individuelle en asseyant l’impôt non plus sur la commune solidairement, mais sur les cultivateurs, à proportion des terres qu’ils exploitaient. Ceux-ci se soumirent en apparence au nouveau règlement et payèrent les sommes exigées, mais ils firent ensuite entre eux une nouvelle répartition de l’impôt, conformément à la coutume ancienne.

On a beaucoup discuté sur l’origine des communautés de village à Java. Les uns les font dériver de la conquête et des lois musulmanes, d’autres soutiennent qu’elles viennent de l’Inde. Cette dernière opinion est la plus probable. En effet, les mêmes institutions existaient dans l’Inde ; c’est à ce pays que Java doit toute son ancienne civilisation. Enfin c’est dans la région de l’île où l’influence hindoue a été la plus forte que le système des communautés de village est le plus général. La communauté de la terre étant le régime naturel aux peuples primitifs, elle existait probablement déjà avant que l’influence des institutions de l’Inde se fît sentir.

A Java, le régime collectif semble favoriser l’accroissement de la population tout autrement qu’en Russie. Java est le pays du monde où le nombre des habitans augmente le plus rapidement par l’excédant des naissances sur les morts, fait très exceptionnel sous les tropiques. La population s’élevait en 1780 à 2,029,500 âmes, en 1808 à 3,730,000, en 1826 à 5,400,000, en 1863 à 13,649,680, enfin en 1870 à 16,010,114. On estime que le doublement s’opère en trente ans ; aux États-Unis, il a lieu en vingt-cinq fins, mais l’immigration y apporte un contingent considérable. Cet accroissement de la population a pour effet de réduire la part de chaque