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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/163

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paysans émancipés ne resteront pas longtemps soumis à la contrainte qu’elle impose. Ils voudront vivre indépendans sur une terre qui leur appartienne, et la propriété privée ne tardera pas à s’introduire. La liberté reconquise, exaltant le sentiment de l’individualité, rendra insupportables les liens de l’antique communauté patriarcale.


III

Java, cette magnifique colonie de la Néerlande, peuplée de plus de 16 millions d’habitans, possède une organisation communale tout à fait semblable à celle de la Russie. Dans certains cantons de l’île, on trouve la propriété privée appliquée au sol ; mais généralement la terre appartient à la commune. En vertu des principes du Coran, admis dans tous les pays mahométans, le souverain possède le domaine éminent. Il est le vrai et unique propriétaire ; c’est à ce titre qu’il lève l’impôt en nature qui représente la rente, et qu’il exige la corvée. A Java, d’après l’adat ou coutume, le cultivateur devait livrer au souverain le cinquième des produits et travailler pour lui un jour sur cinq. Les princes indigènes avaient été jusqu’à exiger la moitié de la récolte sur les rizières irriguées et le tiers sur les rizières sèches. Les Hollandais rétablirent l’antique adat, et se contentèrent même d’un jour de travail sur sept, qu’ils appliquèrent à la culture du sucre et du café d’après le système du général Van den Bosch. Comme en Russie, c’est la communauté du village qui est solidairement tenue de fournir les journées de corvée et de payer les impôts. La jouissance des bois et des terres vagues est commune à tous les habitans. Les terres cultivées ou sawas sont partagées entre les familles tous les ans dans certaines régions, tous les deux ou trois ans dans d’autres. Comme dans le village russe, les maisons avec les jardins qui y tiennent sont propriété privée. La culture principale est le riz irrigué, qui livre l’aliment presque unique des Javanais. Pour amener sur les champs l’eau qui descend des hauteurs, de grands travaux de canalisation sont indispensables ; il faut en outre entourer tous les champs d’une