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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/152

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l’ensemencement et de la moisson, comme cela se voit dans le midi, en Suisse, en Italie, en France même, pour le temps des vendanges. C’est encore un des cas où l’autorité du mir enchaîne et règle l’initiative individuelle.

Avant l’abolition du servage, le seigneur concédait aux paysans environ la moitié du sol arable, et il en gardait pour lui l’autre moitié, qu’il faisait cultiver au moyen des bras que la corvée lui fournissait. Le serf devait travailler trois jours par semaine pour le maître. Les forêts et les terres vagues fournissaient aux cultivateurs le bois et le pâturage moyennant certains services supplémentaires. En 1861, dans la Russie proprement dite, 103,158 propriétaires possédaient 105,200,108 dessiatines avec 22 millions de serfs jouissant de l’usufruit du tiers de la superficie totale, soit de 35 millions de dessiatines, ce qui fait un peu plus de 2 dessiatines et demi par tête ou environ 7 dessiatines par famille. Dans la région de la terre noire, la population était plus dense, et par conséquent la part de chacun plus petite. Cette part s’appelait le nadiell. C’est le nadiell qui a servi de base au partage de la propriété entre les paysans et les seigneurs, décrété par l’acte d’émancipation. Le seigneur est tenu de laisser aux serfs affranchis en propriété, moyennant une rente en argent toujours rachetable [1], une part du sol qui dépend des circonstances locales ; mais un minimum est fixé dans chaque village par tête d’habitant mâle. Ce minimum varie. Dans la région des steppes, il est de trois à huit dessiatines ; dans la région industrielle, il est moins grand : ainsi dans la province de Moscou il tombe à 1 dessiatine. Dans la région de la terre noire, il est en moyenne de 2 à 3 dessiatines. En pratique, la portion de terre que les serfs affranchis ont obtenue correspond à peu près au nadiell ou à la part qu’ils avaient précédemment en culture. Voici la situation d’une famille ordinaire de paysans dans la province de Novgorod. Elle exploite environ 20 hectares dont la moitié est cultivée, et l’autre moitié est en prairie ou en pâture. L’assolement triennal est général en Russie, de sorte que le tiers de la terre arable est emblavée de seigle, le second tiers d’avoine, et le troisième tiers est en jachère. Le bétail se compose de 2 chevaux, 3 vaches et 4 ou 5 moutons. Elle paie au seigneur 70 francs pour le rachat de la terre, soit 3 fr. 50 par hectare, à l’état pour impôt 3 roubles par mâle ou 30 francs environ, et au prêtre de 6 à 7 francs.

Les lois d’émancipation n’ont pas porté atteinte à l’existence collective du mir, et la nouvelle organisation communale établie par

  1. Le gouvernement fait des avances aux paysans pour leur permettre de racheter la rente. Les anciens serfs occupent en moyenne 4 hectares par habitant maie en payant une rente de 5 à 6 francs par hectare.