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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/129

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III

Les fêtes nationales forment la pièce principale du luxe public révolutionnaire. Nous n’aurons garde d’en reproduire les détails, consignés dans les descriptions pleines de vie qu’ont données de ces fêtes d’illustres et populaires historiens. Nous cherchons des enseignemens. La révolution française reste comme une école toujours ouverte, où longtemps encore la pensée trouvera profit à demander des sujets d’étude et de réflexion. Cette question du luxe public, qui tient à tant de choses, aux mœurs, à la patrie, à l’art, n’en est-elle pas elle-même une preuve saisissante ? Et comment n’y voir qu’un intérêt rétrospectif ? Le degré et le mode de l’intervention de l’état dans ce genre de manifestations de l’action publique, l’influence qu’exerce le luxe national, soit sous le plus noble aspect, les beaux-arts, soit sous d’autres formes, ces questions n’ont point perdu de leur importance ; elles semblent au contraire en acquérir davantage à mesure que la civilisation étend à un plus grand nombre ce genre de jouissances, et que l’état se trouve mis en demeure de conformer son action aux changemens produits dans la société.

On s’est attaché ici moins à décrire minutieusement les différentes parties du luxe public pendant la période révolutionnaire qu’à mettre en lumière à cet égard les principes, les plans de la révolution. En appliquant la même méthode aux fêtes nationales, on a pour base d’appréciation d’une part ces fêtes elles-mêmes avec leurs caractères, avec les circonstances qui expliquent pourquoi elles ont réussi ou échoué, — de l’autre des documens nombreux, concluans, qui montrent ce que la révolution s’est proposé en mettant en jeu ces moyens d’action, qu’elle n’entendait livrer en rien au hasard, à la fantaisie. Là même est l’excès systématique. C’est le penchant en tout de la génération révolutionnaire de s’exagérer le degré d’action des gouvernemens pour le mal et pour le bien. Fidèle à la pensée qui lui fait voir partout un complot, un jeu joué par les prêtres et par les rois, elle ne doute pas que les cérémonies et les solennités que mettaient en œuvre la monarchie et la religion ne fussent un de ces moyens combinés pour dominer les peuples séduits par les sens, subjugués par l’imagination. Il semble qu’en cette matière, comme en toute autre touchant à la réforme de la société, la révolution ait tenu ce langage : « Les anciens gouvernemens, obéissant à des intérêts égoïstes, à des calculs criminels, ont créé des sociétés corrompues, malheureuses. Eh bien ! usant du même pouvoir qu’ils ont tourné au mal des peuples, je le ferai servir à leur bien : je créerai une société nouvelle, vertueuse, heureuse. Tout le système d’instruction publique y tendra. Les fêtes, les