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Page:Revue des Deux Mondes - 1872 - tome 100.djvu/116

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qu’il importait de ne pas laisser sortir de France. Tout ce que ne garda point le Muséum central des arts, comme on disait à cette époque, fut réparti dans de grands dépôts assignés aux villes les plus importantes. La révolution accomplissait pour les musées ce qu’elle accomplissait pour les bibliothèques, elle en ouvrait le sanctuaire à quiconque voulait en profiter et en jouir. En même temps que s’ouvrait la bibliothèque des religieux de Sainte-Geneviève, dont Daunou fut le premier bibliothécaire, et que la bibliothèque de l’Arsenal, propriété du comte d’Artois, était livrée au public, la grande bibliothèque nationale continuait à se réorganiser. C’est pourtant en 1796 seulement que l’administration s’établissait sur des bases nouvelles. La partie de luxe était loin d’y être négligée. Sur les huit membres qui formaient le conservatoire, il y en avait deux pour les antiques, médailles et pierres gravées, un pour les estampes. Le nombre des volumes de la bibliothèque nationale, qui ne s’élevait en 1795 qu’à 152,868, s’augmentait dans la proportion la plus considérable par la masse des livres provenant des couvens de Paris. La bibliothèque Mazarine s’accroissait rapidement aussi.

Le musée du Louvre ouvert au public, quelle innovation ! Combien de modèles, de sujets d’étude pour les artistes ! Pour le public admis à y entrer d’une façon permanente, quelle source de délicats plaisirs ! Le musée du Louvre était cosmopolite par sa composition ; toutes les contrées de l’Europe y figuraient par leurs écoles et par leurs chefs-d’œuvre. Un autre musée tout national devait s’ouvrir aussi ; il s’installait aux Petits-Augustins, dans l’emplacement qu’occupe aujourd’hui l’École des Beaux-Arts. Sans le peintre Alexandre Lenoir, le musée des monumens français n’eût peut-être pas vu le jour ; assurément il en hâta l’ouverture, qui eut lieu le 15 fructidor an III, et il en perfectionna singulièrement l’organisation. Avec une intelligence historique égale à sa connaissance étendue des arts, il classait les monumens par époques. Il mettait à disposer ces témoins de l’art du moyen âge le même zèle qu’il avait déployé non-seulement pour les soustraire à la destruction, mais pour les préserver contre l’indifférence ou plutôt l’hostilité de plusieurs de ses confrères. Son livre, si curieux à tous égards, Description historique et chronologique des monumens de sculpture réunis ou musée des monumens fronçais, est instructif à ce dernier point de vue. Un tel musée d’ailleurs était plus qu’une simple collection de pierres monumentales ; c’était pour ainsi dire le résumé de la vie historique de la nation. Il montrait la France à elle-même, siècle par siècle, depuis les Mérovingiens. Cette histoire était rendue visible par toute sorte d’images parlantes, mausolées, pierres tombales, statues, vases, curiosités d’art et d’archéologie. Ce musée historique et national a disparu.