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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/764

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envisager sa destinée d’un œil plus vif. La vérité est que cette question monarchique n’a point en ce moment l’opportunité que les impatiens lui attribuent parce que nous sommes engagés dans une situation telle qu’une royauté quelconque même avec les meilleures intentions, serait impuissante à faire ce qu’on attendrait d’elle. Que voulez-vous que puisse un roi au milieu de ces cruelles épreuves, entre l’ennemi extérieur et l’ennemi intérieur ? Ce n’est pas trop de cette puissance anonyme et collective que nous avons été obligés de nous faire ; ce n’est pas trop de tous les efforts, de toutes les volontés, pour relever notre pays de ses horribles désastres, pour travailler à une réorganisation, à une restauration nationale qui est notre honneur, notre devoir, notre imprescriptible obligation. Voilà l’utilité bienfaisante, la décisive raison d’être du pacte de Bordeaux, qui fort heureusement est sorti encore une fois victorieux, et on pourrait dire de nouveau confirmé, des dernières discussions parlementaires. Bien loin d’affaiblir ce pacte du patriotisme, il faudrait plutôt songer à le fortifier, à le donner pour mot d’ordre aux élections qui vont se faire ; et qui peuvent incontestablement avoir aujourd’hui une importance considérable ; par les élément nouveaux qu’elles introduiront dans l’assemblée. Les candidats seront-ils monarchistes ; seront-ils républicains ? La question n’est pas là. L’essentiel est que le pays choisisse de préférence des hommes résolus à suivre la majorité sensée et patriotique qui marche sous le drapeau de la France, des hommes décidés à faire passer avant tout cette réorganisation nationale sans laquelle, à vrai dire, il n’y a pas plus de république que de monarchie. Le temps des luttes de partis reviendra bien assez vite, songez donc aujourd’hui à la patrie elle-même, qui ne peut être sauvée que par une généreuse et virile abnégation.

Tel est l’esprit que, pour notre part, nous voudrions voir triompher dans les élections du 2 juillet. Ce serait la pleine et significative confirmation de ce pacte d’union que l’assemblée de Versailles rajeunissait l’autre jour en le consacrant de nouveau, que M. Thiers a illustré de tout l’éclat de sa raison lumineuse, et en somme M. Guizot, dans la remarquable lettre qu’il adressait récemment à M. le président Grévy, M. Guizot lui-même n’arrivait pas, ce nous semble, à une autre conclusion. Est-ce à dire qu’au maintien de ce pacte nécessaire se rattache indissolublement l’idée d’une prolongation définie de pouvoirs pour M. Thiers ? Rien de mieux certainement, si on le veut. L’opinion ne marchandera pas en ce moment son appui au glorieux vieillard qui conseille et dirige la France. Seulement nous demandons si on sait bien au juste ce qu’on veut dire avec cette prorogation de pouvoirs pour deux ans, et où cela peut conduire. Il suffit peut-être d’y regarder d’un peu près pour soupçonner qu’on sentait tout simplement l’illusion d’un définitif de deux ans. Il faut bien se souvenir en effet qu’il existe une assemblée