Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/743

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pour la plupart des professeurs ou des habitans de la ville, entourés durant leur vie d’une certaine notoriété. Lui-même, nous faisant les honneurs de sa collection, nous montrait parmi tous ces moules celui qui était le plus remarquable par l’abondance et le beau dessin de ses circonvolutions, sans doute le cerveau de quelque doyen ou de quelque recteur illustre ? C’était le cerveau d’un savetier bien connu à l’université de Munich, mais seulement par le bon marché qu’il faisait payer aux étudians le ressemelage de leurs grandes bottes à canon.

Si le poids ou la grossière configuration extérieure du cerveau ne nous apprend rien, il n’en serait sans doute point de même de la structure intime. Malheureusement il est à peu près impossible d’apprécier, même au microscope, les variétés qu’elle peut présenter d’un individu à l’autre, par exemple le nombre des cellules nerveuses, la perfection ou l’insuffisance de leurs rapports mutuels, la direction des fibres qui les relient. Et cependant, malgré l’impuissance où nous sommes de discerner de la sorte le cerveau d’un homme de génie de celui d’un sot, c’est à la notion d’une différence de ce genre que nous ramène forcément tout ce que nous savons de positif sur le système nerveux, — qu’on regarde d’ailleurs, avec l’ancienne philosophie, le cerveau comme un instrument plus ou moins bon au service d’une intelligence égale chez tous, ou, avec les biologistes, l’intelligence comme plus ou moins parfaite selon le degré de perfection de l’organe. Quoi qu’il en soit, sans prendre parti entre les deux opinions, on conviendra toutefois que le fonctionnement régulier des facultés intellectuelles doit évidemment tenir avant tout à l’agencement réciproque des parties, cellules ou tubes qui composent le cerveau ; mais beaucoup d’autres causes ayant une influence passagère peuvent aussi intervenir. Si le cours du sang vient à être suspendu, s’il cesse de baigner la substance nerveuse, l’intelligence tout à coup s’éteint dans une syncope semblable à la mort, et, si le sang arrive au contraire chargé de certains principes dits enivrans, tels que le haschich, l’opium, l’alcool, la belladone et une foule d’autres, ces corps, altérant par leur présence la constitution chimique de la substance nerveuse, en troublent pour un temps les fonctions. La moindre compression sur la substance grise a un effet tout aussi direct et provoque l’évanouissement ; l’idiotie enfin, l’idiotie elle-même n’a peut-être qu’une origine toute mécanique. La boîte du crâne où est enfermé le cerveau est composée d’un certain nombre d’os qui restent indépendans les uns des autres jusqu’à l’âge où le cerveau lui-même a fini de croître ; mais il arrive parfois que de bonne heure ces os se soudent et empêchent ainsi tout développement du cerveau, enfermé