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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/740

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imagination, raisonnement, volonté, réminiscence, rêverie, rêve. La médecine sait très bien que l’affaissement intellectuel de la vieillesse, l’imbécillité qui succède à l’abus des liqueurs fortes, beaucoup de cas de folie, sont marqués par une altération profonde dans la structure intime de cette couche grise superficielle. Les données de l’anatomie ne sont pas moins concordantes, et nous voyons encore ici de quelle utilité peut être, pour l’analyse des phénomènes intellectuels, cette direction des fibres que Gall regardait comme si importante. Le siège de tous les actes intellectuels que nous venons d’énumérer, intermédiaires pour la plupart aux perceptions venues du dehors et aux réactions de notre volonté sur le dehors, devait nécessairement se trouver dans une masse de substance grise reliée d’une part aux couches optiques et d’autre part aux corps striés : c’est précisément le cas pour la surface des circonvolutions, doublement rattachées en effet par une infinité de fibres aux centres perceptifs (couches optiques) et aux centres volontaires (corps striés), qui ne sont au contraire nulle part directement reliés entre eux.

Gall n’avait donc pas absolument tort quand il faisait dépendre de l’état de la surface du cerveau la capacité intellectuelle des individus. Nul à la vérité ne songe plus aujourd’hui à cette géographie pleine de fantaisie que lui et son disciple Spurzheim avaient imaginée à la surface du crâne. La phrénologie ainsi comprise est bien une science morte. Certains faits sembleraient même indiquer que telle ou telle part dans ce qu’on appelle l’intelligence ne réside pas en un lieu plutôt qu’en un autre à la surface des circonvolutions, et que l’ensemble des facultés peut rester intacte dans une portion quelconque, du tout. La métaphysique ne manquera pas de faire valoir cet argument, qui semble en effet plaider en faveur d’une sorte d’indépendance de l’âme et de l’organe qui n’en serait que l’instrument ; mais la recherche scientifique n’a point à se préoccuper des conséquences qui résulteront de ses découvertes, il lui suffit que les faits qu’elle constate soient exacts. Or on a vu des malheureux, après des blessures qui avaient déchiré la surface du cerveau et labouré les circonvolutions, garder, au moins en apparence, leurs facultés entières, se tenir sur leur séant, parler, répondre aux questions qui leur étaient faites, raconter leur aventure, tandis que le médecin recueillait dans la plaie des débris de leur cervelle. On a, dit-on, observé des guérisons de semblables blessures. Il importe seulement de remarquer, avant de juger de pareils faits, combien il peut être difficile de décider si les facultés intellectuelles d’un homme ainsi guéri sont restées bien exactement ce qu’elles étaient avant la blessure ; d’autre part, l’attention a été tout récemment rappelée sur une localisation possible des facultés intellectuelles