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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/731

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clamait que le premier point était de bien connaître les connexions qui relient entre elles les différentes masses de cette substance grise, ou il avait parqué, par une sorte d’intuition malheureusement trop téméraire dans ses déductions, nos facultés, nos aptitudes, nos sentimens divers. La substance grise est bien réellement la partie essentielle du système nerveux. Elle est, — tant qu’elle reste vivante, — le siège de l’intelligence, de toute science et de toute conscience, aussi bien que des passions qui nous agitent et des erreurs qui nous bercent. La sagesse du monde et les plus violentes extravagances, tout vient d’elle : elle est le terrain où germent les idées, se développent les plans, se bâtit l’avenir. La psychologie tout entière n’est que l’étude des fonctions de la substance grise ; mais, tandis que les anciennes philosophies dans leurs conceptions avaient à peine une lacune, et nous donnaient toutes une théorie complète de l’intelligence, les biologistes, il faut le reconnaître, sont bien loin d’être aussi avancés. Tout au plus jusqu’ici ont-ils pu saisir quelques bribes isolées de l’ensemble, quelques chaînons épars d’une inextricable trame. À la vérité, les résultats dont leurs efforts ont été couronnés ne sont pas faits pour décourager la recherche, et l’on pourrait plutôt s’étonner des conquêtes accomplies, tant elles sont riches de promesses et de progrès à venir.


III.

Le seul moyen pour ne point s’égarer dans toute investigation scientifique, qu’elle porte sur le monde matériel ou sur celui de notre conscience, est de procéder du connu à l’inconnu. Une science est fondée du jour où un fait, quel qu’il soit, est bien établi. C’est un point d’où l’on part ensuite pour de nouvelles découvertes, jusqu’à ce qu’on en ait trouvé une autre plus large. Or un fait nous frappe tout d’abord, un fait incontestable dans l’étude de l’intelligence : il est bien certain que le sentiment que nous avons du monde extérieur, que l’ensemble de nos perceptions, pour parler le langage physiologique, sont distincts de ce monde extérieur, puisqu’il est en dehors de nous, et qu’elles sont en nous. La chaleur dégagée par un foyer a sur notre main évidemment la même action que sur tout autre corps ; mais la sensation que nous éprouvons est évidemment différente, ce n’est plus du calorique. On à dit que nous voyons le monde à travers nos organes : ceci est vrai en ce sens qu’ils nous font voir un monde tout différent de ce qu’il est en réalité. Il est certain qu’ils nous donnent une traduction sans qu’il nous soit possible, dans beaucoup de cas, de discerner en quoi elle est incomplète ou inexacte. Le monde tel que nous le voyons est en