Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/695

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


trop grand’présomption, vint dire si haut qu’il le pust ouïr : Par Dieu, sire, si j’en fusse creu, vous n’y fussiez ja entré ; mais au fort on y fera peu pour vous, et, comme le comte de Tancarville, qui droit devant le roi chevauchoit, eut ouï la parole et vouloit tuer le vilain, le bon prince le retint, et répondit en soubriant, comme s’il n’en tenoit compte : On ne vous en croira pas, beau sire. » Le régent eut donc la sagesse de se préserver de tout esprit de réaction. Le roi de Navarre, déchu de l’espérance d’entraîner de nouveau la commune parisienne, désabusée sur son compte, chercha dans un traité secret avec l’Angleterre le dédommagement et la vengeance de son échec à Paris. Le but de ce traité était d’entretenir la guerre dans le royaume, de renverser la dynastie des Valois, et de porter la couronne de France sur la tête d’Edouard III, qui céderait à Charles de Navarre les comtés de Champagne et de Brie, le bailliage d’Amiens et d’autres terres considérables : c’était le démembrement de la France. La guerre ensanglanta de nouveau notre territoire désolé. Duguesclin y sortit de la foule ; il avait déjà fait campagne dans les guerres de Charles de Blois et du comte de Montfort. Pour la première fois, il combattait au service de la France, au siège de Melun, où le régent, témoin de sa valeur et de son habileté, se l’attacha. Malgré le dévoûment des provinces fidèles, le parti des Valois succombait à la peine. De nouvelles négociations pour la paix furent ouvertes par le roi Jean en Angleterre. De crainte de tout perdre, le malheureux roi se résignait aux plus grands sacrifices. Le régent de son côté traitait avec le roi de Navarre. L’épuisement général semblait autoriser, imposer un terme à tant de maux. Un projet d’accommodement, auquel consentait le roi captif, fut soumis à l’assemblée des états. Ce fut la France qui ne voulut. Pas de cette paix trop humiliante. Les états refusèrent de l’accepter, « et respondirent d’une voix, dit Froissait, que ils auroient plus cher a endurer et porter encore le grand meschef et misère où ils étoient, que le noble royaume de France fut ainsi amoindri ni deffraudé, et que le roi Jean demeurât encore en Angleterre, et que, quant il plairoit à Dieu, il y pourverroit de remède, et mettroit attrempance. » Révolté des exigences anglaises, le pays recourut encore une fois aux armes. Le mouvement était noble et généreux ; la force manquait pour le soutenir. La France fut réduite aux dernières extrémités de la résistance. Le roi de Navarre reprenait ses intrigues dans Paris, en Picardie, en Normandie. Les Anglais envahissaient l’Artois, la Champagne, la Bourgogne, et le roi d’Angleterre s’avança jusque sous les murs de Paris. À bout de tout moyen de soutenir la lutte, le régent reprit les pourparlers, et Edouard III fut touché si avant, selon du Tillet, de la considération que tous