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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/691

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L’influence de ces événemens de Paris sur les relations avec l’Angleterre fut déplorable. Les premiers troubles avaient rendu la paix impossible immédiatement après Poitiers. Villani nous apprend que les désordres de 1357 frappèrent également d’impuissance les nouveaux efforts que l’empereur et le pape avaient faits pour la pacification après l’arrivée du roi Jean en Angleterre. Indépendamment de ce que les forces de la France étaient paralysées par la rébellion et la guerre civile, Edouard répondait invariablement aux négociateurs que la France n’avait plus de gouvernement avec lequel on pût traiter, et n’offrait plus les garanties nécessaires en cas pareil [1]. Les sûretés qu’il demandait étaient exorbitantes et ses conditions inacceptables.

Par l’effet seul de l’abandon de Paris par le régent, tout changea de face. Le roi de Navarre, se croyant maître de la situation, se livra dans Paris à toute sorte d’excès, ce qui augmenta la confusion. Le régent fit appel au patriotisme des provinces contre la mutinerie d’une ville égarée, qui devait se reproduire avec les maillotins sous Charles VI, et en face de récens malheurs de la France aux prises avec l’étranger. Les états de Champagne, assemblés à Provins, refusèrent de conférer avec les députés des Parisiens, contre qui l’assassinat du maréchal de Conflans les avait irrités. Ils fournirent au régent le subside qu’il demandait pour l’entretien d’un corps de troupes. Les états de Vermandois suivirent l’exemple de la Champagne ; mais, au lieu de menacer l’Angleterre, ces armemens devaient, hélas ! être employés contre les Parisiens et le roi de Navarre. Enfin, comme dernière mesure de défense contre la révolte, le régent appela les états-généraux dans une autre ville du royaume. La ville de Paris fut désertée par ses plus notables habitans et livrée aux folies d’une populace ameutée. Des articles de conciliation furent proposés ; mais le régent s’y refusa, exigeant une soumission sans réserve au principe de la souveraineté royale. « Et lui apporta-t-on nouvelles, dit la Chronique de Saint-Denis, que ceux de Paris avoient pris grant quantité d’artillerie que le roi avoit jadis mise au Louvre,… et l’avoient ceux de Paris fait mener à la maison de ville, en Grève, et si avoient encore les dessusdits de Paris envoyé audit régent une bien merveilleuse lettre close, et un pou avant ils avoient mis gens d’armes de par eux audit chastel du Louvre, et depuis que ledit régent s’estoit parti de Paris repairoient pou ou nuls gentilshommes en ladite ville de Paris, dont ceux de ladite ville estoient moult dolens. Et fut une grand’division au royaulme de France, car plusieurs villes, et la plus grant partie,

  1. Voyez le chapitre curieux de Mathieu Villani, VII, 101, t. II, p. 464 de l’édition de Milan, 1729, en 2 vol. in-fol. C’est en septembre 1357 que furent définitivement rompues ces dernières conférences pour la paix.