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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/689

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tion populaire, protestant vouloir vivre et mourir en défendant le royaume de France et fa couronne, et ajoutant que c’était son devoir de le faire, puisqu’il en étoit extrait de père et de mère. Il insinuait ainsi ses prétentions secrètes. Il harangua de même le peuple à la Grève et aux halles, où par ses propos il semoit grand venin dans le royaume. Les députés aux états étaient revenus moins nombreux que l’année précédente ; mais c’étaient les plus animés, et ils avaient recueilli ou arraché l’approbation de leurs commettans pour les projets manifestés aux Cordeliers. Le plan était bien arrêté de s’emparer du gouvernement, tout en semblant le partager avec le dauphin ; la noblesse s’étant détachée des états, les bourgeois et gens d’église s’arrogèrent toute délibération. Marcel se lassa même bientôt de partager l’autorité avec les députés des autres villes, et ne dissimula point l’ambition de se l’attribuer, ainsi qu’aux députés de Paris, qui dépendaient entièrement de lui L’usurpation de la souveraineté du royaume par la ville de Paris apparut dès lors comme le but de la faction dominante. Robert Le Coq et le prévôt Etienne Marcel en étaient les agens principaux,

Dès le retour du dauphin à Paris, Marcel avait rompu insolemment en visière avec le prince. Au 5 février, jour fixé pour la réouverture des états, il se prépara résolument à la lutte ; les délégations et réunions des Cordeliers recommencèrent, et l’on ne garda plus de ménagemens avec le régent, dont on avait appris à redouter la prudence. Le 3 mars 1367 fut fixé pour l’assemblée publique des états au palais, en la chambre du parlement ; l’assistance était nombreuse : le prince et ses frères étaient en tête. Robert Le Coq y prononça un discoure médité dans lequel, après avoir exposé tous les abus dont on croyait avoir à se plaindre, il demandait la destitution de vingt-deux fonctionnaires supérieurs de l’administration royale, et la création d’un conseil de gouvernement composé de trente-six personnes choisies parmi les députés, sans l’adhésion desquelles aucun acte d’autorité ne pourrait être pratiqué ; moyennant quoi, les états promettraient un subside suffisant pour la levée et l’entretien d’une armée de 30,000 hommes. En même temps, il présentait aux états un projet d’ordonnance générale de réformation profondément élaboré, projet qui, dépouillé de la forme sous laquelle il se produisait, contenait d’utiles et salutaires dispositions sur tous les services de l’administration publique. En présence des troubles qui agitaient Paris, et qui en laissaient craindre de plus graves, le dauphin souscrivit à l’exigence des états, et conclut un traité particulier d’accommodement avec le roi de Navarre par l’entremise des princesses du sang royal. Ces concessions étaient obtenues, lorsque arriva de Bordeaux un messager du roi Jean porteur de l’instrument authentique de la trêve conclue pour deux ans avec le roi