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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/688

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Le samedi 14 janvier, il était de retour à Paris. Son absence avait duré cinq semaines ; il est vrai que ce temps fut mis à profit par les agitateurs. Le duc d’Anjou « eust la teste moult tempestée par l’impétuosité du prévôt des marchands et echevins de Paris. » On trouve dans les chroniques de Saint-Denis le détail de ce que le Rozier historial de France ne fait ici qu’indiquer. La présence du duc Charles à Paris n’eût pas empêché ces agitations, pendant lesquelles les états particuliers des provinces avaient pu manifester leur bon vouloir.

La reprise des états au mois de février fut marquée au début par un orage. La nécessité avait obligé de recourir encore à l’expédient des monnaies. Les récriminations furent violentes ; ce n’était toutefois qu’un prélude. Par un coup de main audacieusement exécuté, le roi Charles de Navarre avait été délivré de sa prison en Picardie. Il ne se présenta point chez le régent, trop faible pour tenter un coup d’autorité. Leur rencontre eut lieu chez la reine, où ils se saluèrent mornement. L’hostilité des états avait dès ce moment un artisan de plus, un meneur habile, cauteleux, qui n’osait lever hardiment le masque, mais dont le plan était de pousser par degrés l’agitation jusqu’aux limites extrêmes où devait aboutir l’accomplissement de ses desseins. Quelques jours auparavant, nous savons par Villani que Philippe de Navarre, frère de Charles, s’était avancé de Normandie sur Paris à la tête de 1,000 cavaliers français, navarrais et normands. Il s’était arrêté à trois lieues de la capitale, d’où personne n’osa sortir pour s’opposer à ses ravages, bien qu’il y eût 5,000 hommes dans Paris, dont à son tour le Navarrais n’osa forcer l’accès. Etienne Marcel profita de cette approche pour disposer Paris à une résistance armée, plutôt en vue d’un adversaire intérieur que d’une agression étrangère. C’était un premier essai d’intimidation. Le désordre s’accrut par l’immigration des habitans des campagnes fuyant devant l’incursion anglo-normande. À la vue des préparatifs de l’opposition parisienne, la noblesse se sépara des deux autres ordres dans l’assemblée des états, et parut céder la place à la violence, qui ne tarda pas à se produire ; si le roi de Navarre n’y mit pas la main, il en fut à coup sûr l’instigateur. À son arrivée à Paris, il avait demandé l’hospitalité aux bénédictins de Saint-Germain-des-Prés. Quelques jours après, à une heure indiquée par ses agens, une foule nombreuse se trouvait réunie au Pré-aux-Clercs. Le roi de Navarre y montait dans une sorte de chaire disposée â cet effet, et haranguait le peuple avec cette éloquence dont il savait si bien faire usage. Il parla si longuement, dit le moine de Saint-Denis, qu’on avait soupe dans Paris quand il finit. Il arracha des larmes aux assistons par le tableau de ses infortunes et du malheur de ses amis, et se rendit maître de l’émo-