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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/683

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intrigues. Il avait été transféré du Louvre au château Gaillard, puis au Châtelet, probablement pour une instruction judiciaire, puis à Pontoise, enfin en Picardie, où il était retenu en ce moment. Il faisait sous main entretenir le peuple de Paris des prétendus supplices qui lui étaient infligés dans ses prisons. À l’ouverture des états-généraux, le 15 octobre 1356, une tentative de manifestation se produisit en sa faveur. Aux malheurs de la guerre étrangère allaient donc se joindre les calamités des dissensions intestines. L’administration antérieure du royaume en fournit le prétexte. Les états furent ouverts avec une lugubre solennité par le dauphin « en la présence duquel Mgr P. de La Forest, archevesque de Rouen et chancelier de France, exposa à ceux des trois estas la captivité du roy, et comment il s’étoit vassaument combattu de sa propre main, et nonobstant ce avoit esté pris par grant infortune, et leur monstra ledit chancelier coment chascun devoit mettre grant paine à la délivrance dudit roy, et après leur requist de par Mgr le duc conseil cornent le roy pourroit estre recouvré, et aussi de gouverner les guerres et aides à ce faire [1]. » Les gens des trois états, à savoir les gens d’église par la bouche de Mgr de Craon, archevêque de Reims, la noblesse par celle de Mgr Philippe, duc d’Orléans, frère du roi, et les gens des bonnes villes par Etienne Marcel, bourgeois de Paris et prévôt des marchands, répondirent que : « ils vouloient bien faire ce qu’ils porroient aux fins dessus dites, mais requistrent délay pour eux assembler et parler ensemble sur ces choses, lequel fu donné. » On put bientôt s’assurer que la noblesse, affaiblie par les pertes des dernières guerres, et attaquée dans sa réputation par les bourgeois, était dépourvue d’influence au sein des états. Les deux autres ordres s’apprêtaient à profiter de ce discrédit pour attirer à eux la haute main sur les affaires. Deux hommes s’élevaient par leur hardiesse, leur ambition, qui s’apprêtaient à disputer au dauphin le pouvoir et à prendre la supériorité sur l’assemblée : c’étaient Robert Le Coq, évêque de Laon, parmi les gens d’église, et Marcel, prévôt des marchands, parmi les députés des communes. Ils aspiraient dans les conférences particulières à se rendre maîtres des délibérations, et l’on eût dit que les états n’étaient réunis que pour servir la passion de ces deux personnages. Plusieurs membres du conseil du roi furent envoyés par le dauphin pour conférer avec les députés dans les réunions particulières ; « mais quant ils y orent esté pendant deux jours, on leur fit sentir et dire que lesdites gens des trois estas ne besoigneroient point sur les choses dessus dites, tant que les gens du conseil du roy feussent avec eux. Et pour ce, se déportèrent lesdites gens du conseil du roi de plus aler

  1. Chroniques de Saint-Denis, t. VI, p. 35, édit. citée.