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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/668

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pas bien reliées l’une à l’autre, les transitions manquent. Certains détails, comme ceux qu’il donne sur sa famille [1], sont maladroitement amenés, et ne viennent pas là où on les attendrait. C’est donc par la composition plutôt que par le goût et par le style que pèche cet ouvrage. À cet égard, Andocide a mieux réussi dans son troisième discours, dont les dimensions plus restreintes lui rendaient peut-être la tâche plus facile. C’est au genre délibératif et non au genre judiciaire qu’appartient cette harangue : il s’agit de persuader à l’assemblée de consentir à la paix, de ratifier un traité dont Andocide vient d’arrêter les préliminaires avec les Lacédémoniens. Il n’y a point ici lieu à de grands mouvemens, et le pathétique n’y serait point à sa place ; mais c’est clair, sensé, bien composé. L’auditeur suit sans effort les raisonnemens de l’orateur, qui parle avec aisance la langue de la politique et des affaires. Le tout se termine par une courte péroraison où est bien résumée la question qui se discute et indiquée l’importance de la résolution à prendre. Moins varié, moins curieux que le discours sur les mystères, ce discours sur la paix est peut-être, par l’exacte proportion des parties et par l’absence de défauts, l’œuvre la plus accomplie d’Andocide, celle qui lui fait encore le plus d’honneur. Quand il cessa de parler, autant que nous pouvons en juger, son talent était donc encore en progrès et achevait de se former.

Dans ce discours, comme dans le précédent, le style prend déjà chez Andocide des allures à la fois amples et libres, qu’il n’a ni chez Antiphon, ni chez Thucydide. Au lieu de ces antithèses perpétuelles où ces deux écrivains se complaisent, de la phrase courte et symétrique d’Antiphon, de la phrase souvent longue, mais chargée et comme gonflée d’idées où Thucydide s’embarrasse et semble parfois perdre son chemin, nous avons souvent ici la vraie période oratoire, avec son étendue et ses détours qui n’ôtent rien à la clarté, avec la subordination des idées secondaires à l’idée principale [2]. Ce n’est pas encore le large et harmonieux développement de la grande période isocratique ou démosthénienne, c’est pourtant quelque chose qui y ressemble déjà et qui le fait pressentir. Andocide ne recherche pas non plus ces allitérations, ces assonances, qui tenaient tant au cœur de Gorgias et d’Antiphon, qui leur servaient à souligner, en les rendant sensibles à l’oreille même, les rapports de ressemblance ou de dissemblance entre les idées. Il n’a pas plus d’images que son prédécesseur ; il faudra longtemps encore pour voir paraître dans l’éloquence athénienne ce genre de beautés ; mais sa diction et la construction de sa phrase ont plus d’aisance et de

  1. § 106-109.
  2. Voyez discours sur la paix, § 34, 37, 38, etc.