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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/636

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elles que peu de ressemblance sous le rapport des productions naturelles et de la richesse du sol. Au sud, au moins du côté de l’orient, se dressent les montagnes nues, s’étale la végétation du tropique, se montrent les animaux qui aiment les fortes chaleurs ; dans la partie moyenne encore voisine du littoral, avec un climat tempéré, se dessinent les montagnes magnifiquement boisées, s’épanouissent à profusion les plus ravissantes fleurs, se manifeste au plus haut degré la fertilité du sol. Ce sont les contrées de la Chine que les investigateurs anglais ont vraiment bien étudiées.

Mais c’est un voyageur français, un membre de la congrégation des lazaristes, l’abbé Armand David, qui nous a instruits pour les parties de la Chine les plus difficiles à explorer. L’œuvre est grande ; elle a procuré le tableau exact de l’âpre région qui embrasse à la fois le nord du fameux empire et la Mongolie, ainsi que la connaissance de ce qui vit dans les plaines et sur les montagnes d’un vaste pays encore inexploré ; elle a fourni un aperçu déjà très précieux sur quelques-unes des provinces centrales ; à l’égard des montagnes d’occident et de la portion du Thibet limitrophe de la Chine, elle a révélé un état de la nature jusqu’alors demeuré absolument ignoré. Dès à présent, l’importance des résultats acquis par les recherches de l’abbé David peut être facilement appréciée, et cependant elle se manifestera d’une manière plus saisissante lorsque tous les matériaux réunis par le savant missionnaire auront été scrupuleusement examinés. Les collections formées par l’infatigable voyageur sont immenses ; elles constituent aujourd’hui une des richesses de notre Muséum d’histoire naturelle, qui depuis de longues années n’avait reçu un trésor comparable. On prévoit déjà que l’étude approfondie d’un pareil ensemble de plantes et d’animaux sera l’occasion de remarques pleines d’intérêt pour l’histoire du monde physique. Autrefois, en réunissant dans les musées les productions naturelles de tous les pays, on se préoccupait seulement des formes sous lesquelles la vie se manifeste. Les espèces végétales et animales se trouvant accumulées en très grand nombre, il devint aisé de s’apercevoir que chaque région est caractérisée par les êtres qui l’habitent, et de déterminer des relations entre des particularités de formes, des couleurs ou des dimensions, et l’influence des agens atmosphériques. Le moment est venu où l’esprit scientifique a eu de nouveaux sujets de méditation : en observant les plantes et les animaux, ou confinés sur un point limité du globe ou disséminés sur de vastes espaces, on se trouve conduit maintenant à rechercher quelles étaient les conditions de la vie dans les âges antérieurs, et à s’efforcer de reconnaître les changemens survenus dans diverses parties du monde, soit par des causes