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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/635

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tachèrent à l’examen attentif des matériaux rassemblés. Tandis que des investigateurs donnaient toute leur attention aux productions naturelles de la Chine, des voyageurs s’efforçaient d’étudier l’agriculture ou de pénétrer les secrets de certaines industries remarquables d’un peuple loué ou dénigré sans mesure par ceux qui n’avaient vu qu’un coin du tableau. Un peu égarée par les récits des anciens missionnaires, admirateurs trop complaisans des vertus et de la civilisation des Chinois, l’opinion parmi nous ne fut pas éclairée lorsque des voyageurs, croyant connaître la Chine parce qu’ils avaient visité Canton, signalèrent toutes les bassesses de gens avilis et parlèrent des périls auxquels s’exposaient les Européens en s’aventurant hors de l’enceinte de la ville.

Les Chinois, qui n’ont certainement jamais beaucoup brillé ni dans les lettres, ni dans les beaux-arts, ne se sont jamais élevés jusqu’à la conception de la science ; mais la nation donne l’exemple de qualités solides. Les Chinois en général, d’un caractère fort doux, ont des manières polies ; sobres et laborieux, ils se montrent souvent pleins d’industrie et ils savent tirer parti d’une façon merveilleuse des ressources de tout genre qu’offre leur pays. Inférieurs sans doute comme agriculteurs aux agronomes instruits de l’Europe, ils font preuve néanmoins d’une grande intelligence dans l’exploitation de la terre. On ne saurait oublier qu’un excellent appréciateur, M. Robert Fortune, n’a pu voir sans les admirer les plaines cultivées des environs de Ning-po et surtout de Chang-haï. A côté de la population qui cherche à obtenir le bien-être par le travail, on rencontre, il est vrai, des misérables ne vivant que du vol et du brigandage. D’horribles malfaiteurs, que par une sorte d’euphémisme on appelle des rebelles, se livrent à tous les crimes et portent la ruine et la désolation dans les contrées où ils surgissent. Les auteurs anglais qui ont étudié la Chine n’hésitent pas à faire remonter la cause de pareils malheurs au gouvernement, et à regarder comme digne de mépris un gouvernement sans autorité, incapable de faire respecter les lois, de punir les crimes et d’exercer une protection efficace sur les personnes et les propriétés.

Dans cette étude, négligeant ce que d’autres ont raconté, nous avons voulu nous occuper particulièrement des conditions physiques et du caractère de la nature dans le vaste empire asiatique. On avait parlé de quelques îles et de quelques points des côtes, comme si l’on avait vu de grandes étendues de pays ; les explorations effectuées depuis 1842 ont enfin procuré des notions exactes sur les différentes régions de la Chine. Inégalement partagées sous le rapport du climat, ainsi qu’on devait le croire d’après la position géographique, certaines provinces du céleste empire n’ont entre