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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/613

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pendance ; mais ce mouvement municipal est commun à toute l’Europe. Ce qui est plus important, c’est la formation en Alsace, dès le xiie siècle, d’une alliance entre ces villes pour leur mutuelle sécurité. L’empereur les abandonne ; elle se protégeront elles-mêmes : de Bâle à Spire, un lien fédéral réunit toutes les cités, lien militaire et lien commercial, principe de force et garantie de richesse. Au xiiie siècle, cette association est florissante ; au siècle suivant, elle renouvelle jusqu’à cinq fois ce traité d’union. Contre les margraves de Bade, les ducs de Souabe, les grandes compagnies, les Armagnacs, les bandes anglaises, contre Armleder, l’exterminateur des Juifs, la ligue lève des armées et se passe de l’empereur. L’Alsace se sauve seule, fait seule ses affaires. Vers le même temps, il est facile de voir combien elle se détache de l’empire. Obligée de chercher des alliés, elle s’adresse non pas à l’Allemagne, mais à la Suisse. L’union avec les républiques helvétiques devient une des habitudes constantes de la politique des villes d’Alsace. Ces républiques interviennent dans les guerres de la ligue, par exemple contre Enguerrand de Coucy, dans leurs affaires intérieures, comme dans la triste guerre des six oboles. Les Allemands, par mépris, appellent déjà la Haute-Alsace l’étable des Suisses. Cette alliance ne devint que plus étroite avec le temps. Peu à peu les cantons les plus voisins de la Suisse cherchèrent, même à y être réunis. Au traité de Westphalie, il fut reconnu que Mulhouse faisait partie de la confédération helvétique ; depuis longtemps, elle était plus suisse qu’allemande. Du reste la Haute-Alsace avait dépendu en grande partie, sous le rapport religieux, de l’évêché de Bâle. En 1789, sur 450 cures que l’on comptait dans toute la province, près de 200, la plupart situées dans la région des Vosges et du Jura, étaient sous l’autorité de l’évêque de Bâle. C’était un souvenir de l’ancienne division des provinces romaines : la Haute-Alsace était en effet comprise autrefois dans la Grande Séquanaise et non dans la Germanie première. L’alliance, à tous égards si naturelle, avec les cantons helvétiques est à partir du xiiie siècle un des faits les plus importans de l’histoire d’Alsace. Une vieille coutume strasbourgeoise en a conservé jusqu’à ces derniers temps un souvenir populaire dans la fête appelée la Bouillie de Zurich, qu’un poème national, le Bateau fortuné (Glückhafte Schiff) de Fischart, a célébrée. Chaque année, des Suisses partis de Zurich apportaient à Strasbourg une marmite fumante, en mémoire d’un jour où, mandés en toute hâte, ils répondirent si vite à l’appel de leurs alliés, qu’ils ne prirent pas le temps de dîner, et arrivèrent sur le quai de la cathédrale avec leur soupe encore bouillante.

La vie alors était surtout dans les villes, les campagnes dépendaient de la maison de Habsbourg ; dès le xive siècle l’empereur lui-