Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/584

Cette page a été validée par deux contributeurs.


À la séance du 8 mai, la commune tente un effort désespéré. Jourde se plaint amèrement de ce que les ordonnancemens des dépenses de la guerre lui ont échappé. « Le gouvernement, s’écrie-t-il, doit-il s’appeler comité central au lieu de commune ? » Avrial se plaint d’avoir rencontré au département de l’artillerie un comité qu’il a eu mille peines à mettre à la porte. Je le crois bien ; il n’est pas facile au valet de congédier son maître. Le comité de salut public essaya de donner une espèce de satisfaction à la commune en décrétant le 9 mai que lui seul ferait à l’avenir les nominations aux emplois, et que le comité n’aurait que le droit de présentation ; mais la démission du colonel Rossel, le délégué provisoire à la guerre, remit le comité à flot. Rossel, après avoir cherché quelque temps son point d’appui dans la fédération de la garde nationale, à laquelle il sacrifiait complètement la commune, ne prenant pas la peine d’envoyer ses rapports à ses supérieurs, fut bientôt pris de dégoût. Sa lettre de démission du 10 mai, avec une amère ironie, qui est bien dégagée pour un fanatique, met à nu le ridicule chaos de toutes ces autorités non définies qui s’entre-croisaient, se contre-carraient, et ne savaient que délibérer sans jamais agir. Rossel commit la plus impardonnable des trahisons aux yeux de la commune ; il dit la vérité sur la situation militaire en annonçant que le drapeau tricolore flottait sur le fort d’Issy. Un moment incarcéré, il disparut, emportant avec lui le secret de ses desseins et celui plus impénétrable encore de sa mystérieuse personnalité.

La commune subit alors sa dernière transformation politique ; elle renouvela le comité de salut public, et lui confia la direction militaire. Delescluze fut nommé délégué civil à la guerre, et plaça un sous-délégué civil auprès de chacun des trois généraux qui se partagèrent le commandement des forces insurrectionnelles. Il fut le dictateur de l’agonie de la commune, car, malgré les réclamations réitérées de la minorité, le comité de salut public, dont il était l’âme, conservait le droit de former à son gré les diverses délégations, et de faire arrêter les membres du gouvernement, sauf ratification par l’assemblée. La minorité déclara qu’elle se retirait dans ses municipalités. Ces nouveaux girondins étaient pour la plupart en train de se rétracter, quand vint le coup de foudre. Les récalcitrans étaient voués à la proscription. Le comité central demeura le vrai maire du palais à l’Hôtel de Ville, et fit connaître par des affiches son accord profond avec le comité de salut public. Grande et bonne nouvelle en effet que cet embrassement de deux monstres : Paris allait apprendre ce qui devait en résulter d’horreurs et de crimes ! Le premier indice fut le décret du 17 mai, qui commanda la centralisation du pétrole au ministère de la guerre :