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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/568

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quaient pas aux événemens une réflexion sévère. Les chefs politiques et militaires qui, après avoir eu l’honneur de rendre la ville imprenable, avaient échoué dans la résistance, furent voués par les masses à l’exécration publique. On ne pouvait pourtant leur reprocher que de n’avoir pas eu dans le succès cette foi héroïquement aveugle qui accomplit l’impossible. Les armes tombaient des mains précisément le jour où une portion de la garde nationale avait déployé le plus grand courage à Montretout et à Buzenval. On sait que le peuple ne discute pas plus ses colères que ses terreurs ; souvent généreuses dans leur principe, elles deviennent promptement implacables et injustes. Il attribue volontiers l’insuccès à la trahison, et ne s’en tient jamais à une cause abstraite ; il lui faut un coupable à maudire, un bouc émissaire à immoler. C’est ainsi que l’ostracisme le plus inique procéda d’un patriotisme désespéré.

Les élections parisiennes pour l’assemblée nationale, qui trompèrent tout le monde, sauf le parti qui les dirigea, et qui était prêt depuis longtemps à tirer profit de nos calamités, furent une révélation des plus significatives, dont la portée ne fut pas entièrement comprise. L’assemblée nationale fut jugée par la population de Paris avec la même passion. L’assemblée, à ses débuts, ne pouvait pas dissiper les préventions qu’excitait sa composition ; elle contenait une droite inexpérimentée qui faisait irruption dans la vie politique avec tous ses préjugés. Comment s’en étonner ? Elle était sortie de l’urne comme la lave sort du volcan, à une heure de convulsion nationale ; elle était l’image fidèle d’un pays foulé par l’étranger, surmené à l’intérieur, jeté dans la crise la plus épouvantable après vingt ans d’un régime corrupteur. L’assemblée nationale de 1871 ressemblait à beaucoup d’égards à la législative de 1849 ; elle était née de deux colères. Il était impossible qu’il en fût autrement une fois que l’on admet le caractère sincèrement représentatif d’une assemblée.

Le traité de paix avec la Prusse, qu’il fallut bien signer la mort dans l’âme, mit le comble à l’exaspération de notre malheureuse ville. Couronnant les violences savamment calculées de l’invasion, il révélait le dessein arrêté de l’ennemi d’abaisser et d’appauvrir la France ; on y sentait à côté du glaive impitoyable du vainqueur la griffe de l’usurier ; il enlevait à la patrie une portion vivante d’elle-même, pendant qu’il la pressurait sans merci. Si un pareil traité indigne les hommes qui réfléchissent, que doit-il produire sur les âmes qui ne disputent rien à la passion du moment ? L’odieux traité n’est pas resté pour Paris à l’état de pure convention diplomatique réalisée loin de ses yeux. Non, il a pris corps devant lui, grâce à la stipulation qui a ouvert une porte de la ville à l’armée al-