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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/549

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secrètes. On l’a vu triompher à son tour dans cette capitale livrée à toutes les expériences révolutionnaires ; on l’a vu siéger, au milieu de l’horreur publique, à l’Hôtel de Ville. Il a acquis par ce règne étonnant de quelques semaines le droit d’être compté parmi les variétés du parti républicain, dont il est la sinistre parodie et j’oserai dire le châtiment. Le 18 mars est-il autre chose en effet que la caricature grotesque et sanglante de toutes les journées révolutionnaires de Paris, et particulièrement du 4 septembre ? Chaque révolution a son contre-coup dans une émeute, qui essaie de la recommencer au profit de quelques vanités criminelles que l’on n’a pas su ou voulu utiliser et de quelques convoitises surexcitées par le succès facile des mouvemens populaires. Le 24 février avait engendré les journées de juin ; le 4 septembre engendra le 18 mars. Génération prévue et fatale ! Cette insurrection abominable, mais tramée avec un art pervers, s’appliqua dès la première heure à copier les procédés extérieurs, les discours, l’allure de la dernière révolution. Elle invoquait des raisons analogues, la justice du peuple, le salut public, un droit antérieur et supérieur à toute loi. Elle reproduisait avec la plus perfide adresse le style déclamatoire et vague des proclamations de septembre. Elle poursuivait ses adversaires, ses prédécesseurs immédiats à l’Hôtel de Ville, du cri insensé de trahison. Elle viola l’assemblée absente autant que cela fut possible ; elle la viola, si je puis dire, par contumace. Son gouvernement, tiré en grande partie du fond des sociétés secrètes, fut la parodie du gouvernement révolutionnaire qui s’était nommé lui-même six mois auparavant, et, comme celui-ci avait eu la prétention de régir la France au nom de Paris, celui du 18 mars prétendit dominer Paris au nom de Belleville. La dernière révolution avait placé la république au-dessus de la souveraineté nationale en la proclamant sans consulter le pays. L’insurrection inscrivit à côté de ce dogme indiscutable la république fédérative, qui cachait je ne sais quelle vague idée de sécession, et l’émancipation du prolétariat, comme s’il fallait aux prolétaires une autre liberté que celle de tous, un autre droit que le droit commun. Elle finit par placer tant de choses au-dessus du suffrage universel, qu’il ne restait plus au vote national qu’à contresigner le décret de sa servitude et à en régler les détails. Tout cela fut une imitation fort habile des procédés qui avaient réussi. C’était un audacieux plagiat. L’insurrection y ajouta, il est vrai, l’assassinat, le pillage, la loi des suspects, la terreur, ce qui constitue son originalité. Ce fut une épouvantable explosion de mauvaises passions, d’appétits furieux, de haines sociales. Ceux-là seuls s’en étonnèrent qui n’avaient pas voulu entendre les rugissemens du monstre à travers les déclamations des journaux d’énergumènes et