Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/526

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


France dans le passé et par l’induction dans l’avenir, mêlant son âme à celle de son pays dans ses fortunes diverses, dans le labeur incessant de ses agitations, dans les crises orageuses de sa rénovation politique et sociale. « Il ne faut pas trop nous émouvoir de ces crises, nous disait-il dans ces conversations illuminées de raison et parfois presque prophétiques qui étaient l’éclatant commentaire ou la préparation de ses écrits, il ne faut surtout jamais désespérer de la fortune de la France ; mais pour y travailler utilement il faut tâcher de voir clair dans ses aptitudes et s’appliquer à discerner sa vraie destinée des destinées artificielles que les partis prétendent lui imposer. » Et c’est ainsi que nous vîmes naître, au milieu de ces entretiens dont la familiarité n’excluait pas la plus haute éloquence, cette belle page, insérée dans une de ses dernières publications : « Nulle part, la liberté politique n’a été l’œuvre d’un jour. L’Angleterre n’y est arrivée qu’après un demi-siècle d’agitations effroyables et à travers les révolutions les plus contraires. Eh bien ! la France en est encore là. Ainsi que l’Angleterre, elle a tour à tour conquis, possédé, perdu la liberté, et le faîte du majestueux édifice de la société française n’est point achevé. Selon nous, la première, l’impérieuse condition du succès, ici comme en tout le reste, est de rejeter enfin toute imitation étrangère, soit de l’antiquité, fort belle assurément, mais qui n’a rien à voir avec le monde moderne, soit même de l’Angleterre, qui a son génie à part qu’elle a gravé dans ses institutions, et dont l’ardent et profond patriotisme devrait bien avertir et animer le nôtre, soit surtout de l’Amérique, qui, éclose hier au bord de l’Océan, dispersée en d’immenses déserts, ne sachant pas où elle va, s’abandonne à ses instincts aventureux, et se joue encore impunément du temps et de l’espace. Nous, vieille nation rajeunie et retrempée par la révolution française, entourés de toutes parts de puissans voisins qui nous admirent, nous redoutent et nous surveillent, nous avons une situation et par conséquent une destinée particulière ; il nous faut donc rechercher de sang-froid le régime politique que réclament et comportent nos vrais besoins, notre propre caractère, nos qualités et nos défauts, le génie de notre race tel qu’il reluit dans notre histoire. Or cette histoire, sérieusement interrogée, nous apprend que notre pays est à la fois profondément monarchique et profondément libéral. La France est libérale jusqu’à la démocratie ; elle n’est pas le moins du monde républicaine. La république n’est ni dans notre situation géographique, ni dans nos instincts, ni dans nos mœurs. Aussi elle n’a jamais été et ne peut jamais être chez nous qu’une crise violente et passagère qui amène inévitablement à sa suite l’anarchie et la tyrannie. Elle n’alarme pas seulement ce qu’on nomme les classes supérieures ; elle épouvante encore plus peut-être toute cette immense